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Publié le 22/09/2020

Anticper les cyber attaques : passer de la cybersécurité à cyberrésilience

L'étude coproduite par la CCI Paris-Île-de-France et CCI France « Pérenniser l'entreprise face au risque cyber » vise à alerter les TPE et les PME sur les conséquences des cyberattaques mais aussi sur la nécessité d'intégrer ce risque dans le modèle économique  de l'entreprise. Et donc de passer de « la cybersécurité à la cyberrésilience ».

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L'analogie du château fort est parlante. Les murailles et les défenses sont imposantes mais elles masquent parfois les comportements risqués de ceux qui se croient protégés... au point d'ouvrir des brèches aux assaillants. Le risque de cyber attaque est bien réel dans les organisations. C'est la raison pour laquelle la CCI Paris-Île-de-France et CCI France, associées dans le cadre de leur programme annuel d'études et de rapports, consacrent la première de leurs productions éditoriales, parue en septembre 2020, à ce risque important pour les entreprises.

Trois chiffres permettent de mesurer la fragilité potentielle des entreprises. Selon une étude des Nations Unies publiée en mai 2020, 60 % des PME qui subissent des cyberattaques déposent le bilan sous six mois. Une PME sur 10, seulement, se dit apte à y faire face. Et une cyberattaque a lieu toutes les 39 secondes dans le monde !

Impact des cyberattaques sur les activités de l'entreprise


Source : 5ème baromètre du Cesin, 2020

Mais un autre risque, tout aussi réel, guette les TPE et les PME, celui de « croire que ça n’arrive qu’aux autres ». Les petites et moyennes entreprises, le plus souvent assez peu protégées, ont tout intérêt à intégrer cette menace et à mettre en place non seulement des systèmes mais, aussi et surtout, une culture de la sécurité. Cette culture invite, comme le recommande l’étude, « à accepter le risque, s’y préparer et s’organiser non seulement pour ne plus mettre en péril l’activité de l’entreprise mais aussi pour assurer la continuité d’activité ». Il s’agit, autrement dit, d’une incitation forte à passer « de la cybersécurité à la cyber résilience » et à cultiver les fruits qu'une telle démarche peut produire : confiance, différenciation et innovation.

Et, pour ce faire, l’étude consulaire fait des propositions qui s’adressent aux entreprises, aux CCI et aux pouvoirs publics. Sont notamment proposées aux TPE, la réalisation de diagnostics dits de « cyberrésilience » et de tests d’intrusion ainsi qu’une sensibilisation aux risques de cyberattaques en mobilisant les écosystèmes locaux fédérant déjà les entreprises à l’image du réseau PLATO. Le nouveau Réseau Initiative Data Compétences (CCI France) avec 18 CCI certifiées (France compétences) accompagne  la mise en place de référents cybersécurité en TPE-PME reposant sur le référentiel de l’ANSSI. L’étude recommande aux CCI de proposer une approche globale de la gestion des risques dans l’entreprise (climatiques, industriels, incendie, inondation, terrorisme, cyber, économiques).

Et enfin, l’étude prône l’émergence de réseaux de sécurité entre directions d’entreprise et une coopération européenne de cybersécurité et internationale de cyberdéfense.

« Pérenniser l'entreprise face au risque cyber : de la cybersécurité à la cyberrésilience »

Une étude CCI PARIS-ÎLE-DE-FRANCE et CCI FRANCE

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Publié le 17/09/2020

SAMP, un mouliste pour cosmétiques de luxe

Installée à Aurillac depuis 1985, la coopérative SAMP produit des moules à injection plastique pour fabriquer les emballages de cosmétiques de luxe. Savoir-faire et qualité permettent à la société, accompagnée par la CCI Cantal, de se maintenir sur un marché où les acteurs se raréfient.

Pour fabriquer un élégant flacon de parfum ou un délicat étui de rouge à lèvres, tout part d’un moule. On fabrique une coque en acier dans laquelle du plastique est ensuite injecté pour donner corps au produit. C’est dans cette activité de conception et de fabrication de pièces techniques qu’est spécialisée la Société aurillacoise de mécanique de précision (SAMP). Créée en 1985, à Aurillac, sous le statut coopératif, elle compte aujourd’hui 11 associés. Elle opère essentiellement pour le secteur cosmétique. Ses clients sont une poignée d’industriels de l’emballage fournissant les grands groupes du luxe (Chanel, LVMH, L’Oréal) en pots, flacons et fioles en tout genre.

SAMP voit le jour, il y a trente ans, sous l’impulsion de quatre anciens employés de Sauvagnat Loisirs, une entreprise fabriquant du mobilier en fer forgé. Ceux-ci choisissent d’emblée le modèle de coopérative pour lancer leur activité. « À l’époque le statut de scop était mal vu par nos clients, se souvient Pierre Rolland, qui assure la fonction de gérant depuis 2004. Le fait qu’il n’y ait pas de patron, pas d’organigramme [dans une Scop, les salariés sont les associés majoritaires, ndlr.] les inquiétait. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Ils savent qu’on va tout donner pour les livrer à l’heure. »

Investir dans les machines

SAMP mise sur son expérience et la qualité de ses produits pour se maintenir sur un marché où les moulistes français disparaissent peu à peu. « De nombreuses entreprises choisissent d’importer des moules, de Chine ou du Portugal par exemple, explique Pierre Rolland. C’est le cas des entreprises de l’automobile notamment. » Pour répondre aux besoins de ses clients et entretenir leur fidélité, SAMP investit régulièrement dans son parc machines. « Nous avons par exemple acheté une presse à injecter qui nous permet de réaliser des essais de moulage pour les clients qui sont installés loin de chez nous », explique Pierre Rolland. L’entreprise a également mis en place un service d’entretien des moules. Elle s’est notamment équipée en soudure laser afin de dépanner en urgence ses clients situés à proximité.

Ces savoir-faire permettent à SAMP de poursuivre son activité depuis plus de 35 ans. « En temps normal, nous réalisons environ 1,6 million de chiffre d’affaires, souligne Pierre Rolland. Nous n’avons pas eu d’année négative depuis 1999. » Mais l’année 2020, et avec elle la crise liée à la pandémie de coronavirus, est venue perturber le rythme de croisière de la société. « Avec le COVID-19, les clients ont arrêté tous les projets, raconte le gérant. Après avoir fermé 2 semaines, nous nous sommes organisés pour reprendre le travail en sécurité. Mais pendant un mois et demi, nous n’avions rien à faire… » Commandes suspendues, nouveaux projets à l’arrêt… pour y remédier, SAMP est allée frapper à la porte des clients de ses clients, les grands groupes de cosmétiques. « En voyant avec eux directement, nous avons pu relancer des projets et aujourd’hui le carnet de commandes est plein jusqu’en janvier 2021 », indique Pierre Rolland.

« Des jeunes pour prendre la relève »

Pour assurer sa pérennité à long terme, la scop cherche désormais à investir dans le personnel. « Du travail, il y en aura toujours, vu qu’on est de moins en moins pour le faire. En revanche, il faut qu’il y ait des jeunes qui puissent prendre la relève », pointe Pierre Rolland.SAMP mise notamment sur l’apprentissage pour former la nouvelle génération de moulistes mais ne cache pas la difficulté à trouver « des jeunes qualifiés et motivés ».


Il s'agit parfois de prendre une casquette d'avocat est d'aller défendre les projets de l'entreprise auprès des bons interlocuteurs.

l'accompagnement de la CCI Cantal

SAMP a été accompagnée à plusieurs reprises par la CCI Cantal, et notamment par Francis Costes, conseiller industrie, qui témoigne :

« J'ai aidé la coopérative à monter des dossiers de demandes de financements en vue de plusieurs projets d'investissements. Mon rôle est de bien comprendre les projets, puis de les traduire en utilisant les bonnes terminologies administratives afin que les dossiers soient bien compris et acceptés. Il faut donc expliquer la valeur ajoutée industrielle de ces projets pour le territoire. Par exemple, derrière l'investissement dans des machines, il peut y avoir de l'emploi, de l'innovation, de la formation…

Francis Costes

Il s'agit parfois de prendre une casquette d'avocat est d'aller défendre les projets de l'entreprise auprès des bons interlocuteurs.

Nous avons également accompagné le dirigeant pour l'aider à redéfinir une stratégie pour l'entreprise, grâce à une action collective que nous avons mise en place dans le Cantal. C'est un accompagnement par un consultant puis de séances collectives avec d'autres entreprises cantaliennes. Nous aidons également SAMP dans la recherche de compétences ainsi que sur l'international. L'entreprise a eu l'opportunité de fabriquer et livrer au Mexique et nous les avons accompagnés sur le volet juridique. »

Pour en savoir plus :

Liens complémentaires :

CCI Cantal

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Publié le 18/09/2020

Fauvel : la tradition réinventée

L'entreprise artisanale de fabrication de céramiques Fauvel, situé à Moon-sur-Elle, dans le département de la Manche, entend faire rimer tradition et innovation. Entre restauration de monuments historiques et production de carreaux sur-mesure et contemporains, la PME normande, fondée en 1960, a su se réinventer.

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« Nous sommes les seuls à pouvoir garantir une fabrication artisanale et à faire du sur-mesure en maîtrisant l’ensemble du process de production de A à Z. »

Ce n’est pas une promesse que fait Bertrand Foucher, le gérant de l’entreprise Fauvel, fabricant de carrelages et de céramiques, c’est une réalité. Une réalité que peuvent découvrir les visiteurs de l’atelier situé à Moon-sur-Elle, à 10 mn au nord de Saint-Lô (Manche) lors des Journées Européennes du Patrimoine . Une manifestation à laquelle la PME normande participe régulièrement « parce qu’il est important de s’ouvrir aux habitants de notre territoire et à tous ceux et toutes celles, professionnels ou particuliers, curieux de découvrir notre savoir-faire ». Les procédés de fabrication traditionnels, toujours utilisés par l’entreprise, « qui ont disparu en France il y a vingtaine d’années », précise le gérant, lui permettent de faire la différence sur un marché largement industrialisé et internationalisé.

« Nous nous revendiquons comme une entreprise artisanale : chaque carreau, même le plus simple, passe, au moins une fois, entre les mains de nos ouvriers et nous avons la souplesse d’organisation et la maîtrise de la fabrication pour faire du sur-mesure et nous adapter aux demandes de nos clients, même pour de très petites quantités », explique Bertrand Foucher.

L'entreprise Fauvel, toujours détenue par un groupe familial, a été créée en 1960 pour produire du carrelage, d'abord brut, puis émaillé. Au fil des décennies, elle a su évoluer tout en conservant ses savoir-faire ancrés dans une tradition multiséculaire de fabrication de pavés de céramique de type « Pré d'Auge ». L'argile était extraite sur place et façonnée par des potiers pour produire des carreaux faïencés qui ont fait la renommée des producteurs locaux.

Le salut par l'innovation et la communication

Quand le gérant précédent a voulu passer la main, fort logiquement, Bertrand Foucher, technico-commercial dans l’entreprise et donc à l’interface entre la production et la clientèle, a proposé ses services pour écrire la suite de l’histoire de l’entreprise. Une transition logique mais pas un long fleuve tranquille. Le nouveau gérant a dû rapidement affronter les conséquences de la crise de 2008. « Les gens achetaient moins de chaumières normandes traditionnelles et donc moins de carreaux en terre cuite pour le décor ou ne voulaient pas, compte tenu de la baisse des prix de l’immobilier à l’époque, investir dans des aménagements intérieurs de qualité.» Les architectes, les prescripteurs naturels des établissements Fauvel, faisaient aussi moins appel à eux. Il fallait réagir ! Le salut est venu de l’innovation et de la communication.

La marque Normandy Ceramics est née, il y a une dizaine d’années, de la volonté de suivre l’évolution des goûts et des tendances « déco » du moment pour proposer des gammes de céramiques « plus contemporaines, plus modernes ».

Et pour prendre ce virage de la modernité, l’entreprise a utilisé sa propre recette : un alliage spécial entre le savoir-faire et l’expérience de ses 10 ouvriers maîtrisant une demi-douzaine de métiers différents, l’utilisation de vieilles machines et de fours adaptés à la production en petite série, et le regard neuf de designers et architectes.

« Collab » au long cours

Avançant prudemment au début, le fabricant traditionnel a tout d’abord essayé de suivre la mode… « avant, bien vite, d’avoir la prétention de vouloir la créer », entonne le gérant. C’est Pietro Siminelli, Maître d’Art spécialisé dans les textiles et spécifiquement les plis, qui a ouvert le ban en se rapprochant de la maison Fauvel pour exprimer ses idées sur un autre matériau. Dans une logique de « collab », associant un designer et un fabricant, l’entreprise a voulu instaurer un partenariat au long cours avec ces artistes qui sont maintenant au nombre de dix et qui sont également des influenceurs.

« Ils ont été novateurs en termes de formes et de couleurs, exprimant des tendances variées et enrichissant notre gamme de produits », se félicite le directeur.

« Les réseaux sociaux nous ont aussi apporté énormément de visibilité et d’adhésion de nos clients à notre travail. », constate Bertrand Foucher. Le site Normandy Ceramics, vitrine de ce virage de la maison Fauvel, met tout à la fois en avant ses nouvelles collections mais aussi ses réalisations prestigieuses en matière de restauration historique. Une offre qui a vocation à séduire tant des particuliers (2/3 de la clientèle) que des professionnels (hôtels, restaurants, bars…). « Nous cherchons à faire rimer tradition et innovation », résume Bertrand Foucher. À ce titre, les références de l’entreprise artisanale dans les travaux de restauration accomplis depuis une dizaine d’années au Mont Saint-Michel, au Grand Trianon de Versailles, au Donjon de Vincennes ou au Logis Royal du château d’Angers, enrichissent sa carte de visite.

Envie de rencontrer le producteur

Locale pour moitié il y a vingt ans, la clientèle s’est élargie attirée par l’offre en ligne ou conseillée par des architectes d’intérieur. « Il y a une anecdote qui est révélatrice : il y a 15 ans quand j’étais encore technico-commercial, je passais ma vie sur la route à essayer de convaincre les architectes de s’intéresser à nos produits. Maintenant, ce sont eux qui viennent nous voir ici, à Moon-sur-Elle », confie le gérant. Et ils ne sont pas les seuls. 

« Un peu comme pour l’achat de vin, on a envie de rencontrer le producteur. Nos clients amateurs de carrelage haut de gamme n’hésitent d’ailleurs pas à venir sur place pour voir nos produits et notre atelier. »

La fabrique, l’une des premières entreprises labellisées Entreprise du Patrimoine Vivant de France et affichant la mention « Made in France » pour ses produits fabriqués par une main d’œuvre à 100 % normande, est toujours partante pour ouvrir ses portes et faire connaître son activité aux jeunes … « même si les métiers manuels ne font pas forcément rêver », soupire Bertrand Foucher. « Et pourtant, ajoute-t-il, nous faisons tous, ici, un métier de passionnés. »  Au point que les ouvriers, malgré l’exigence de l’activité, y font toute leur carrière et se chargent de former eux-mêmes leur propre successeur, car il n’existe pas de formation professionnelle correspondant à l’exercice de leur métier de céramiste.

L’entreprise, malgré la croissance de son activité,ne cherche pourtant pas à grossir « pour ne pas transiger avec l’exigence de la qualité du produit fini qui est notre marque de fabrique », commente Bertrand Foucher.

Un témoignage supplémentaire de la culture de l’adaptation de cette PME.  L’entreprise artisanale entend continuer de travailler à la commande et sans stock pour rester elle-même. S’il n’avait qu’un « modeste » désir, confie le gérant, « ce serait de pouvoir faire installer un panneau sur les bords de la route pour indiquer la direction de l’atelier de Moon-sur-Elle qui n’est pas facile à trouver. » Ce n’est pourtant pas, pourrait-il ajouter, demander la lune…


Chiffres repères


60 ans d'existence

200 formats, 200 couleurs

15 salariés

1,2 millions de chiffre d'affaires (CA)

95% du CA par la céramique contemporaine

5% du CA par les carreaux bruts

10% du CA à l'export


Pour découvrir l'entreprise et sa marque contemporaine :

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Publié le 15/09/2020

La pierre de Bourgogne, une filière soudée

Réunis en association, les acteurs de la filière pierre de Bourgogne agissent ensemble pour promouvoir et défendre leur produit et leur savoir-faire. Explications avec Fabrice Descombes, président de l'association Pierre de Bourgogne.

Quelles sont les caractéristiques de la pierre de Bourgogne ?

C'est une pierre calcaire sédimentaire dont la matière, la texture et la couleur sont uniques. Aucune autre pierre en France ou dans le monde ne lui ressemble. Sa palette de couleurs est très large ce qui répond à énormément de possibilités architecturales ou décoratives. Elle varie d'un blanc écru à l'ocre en passant par le doré. Certaines ont des nuances de bleu-gris ou encore des veinures roses. Elle est extraite de 5 bassins répartis sur les quatre départements de la Bourgogne historique et on en compte au total 83 variétés.

Fabrice Descombes, président de l'association Pierre de Bourgogne.

Pouvez-vous nous présenter la filière pierre de Bourgogne ?

En 1996, les entreprises industrielles du travail de la pierre de Bourgogne se sont regroupées en association, sous l'impulsion d'un sous-préfet d'un territoire comptant un vivier d'entreprises et de carrières. Il s'agissait de fédérer les industriels, de défendre et de promouvoir la pierre de Bourgogne, afin notamment d'être plus puissants à l'export. De six membres au départ, l'association compte aujourd'hui 37 membres actifs qui travaillent la pierre en carrière, en usine ou en atelier. L'association rassemble actuellement 97% des entreprises de la filière : c'est beau de voir un tel rassemblement !

L'association a demandé une indication géographique pour la pierre de Bourgogne, que vous avez obtenue en 2018. Quelle était votre démarche ?

Dès la mise en place du dispositif d’indication géographique (IG) par la loi Hamon en 2013, nous avons travaillé sur le sujet. L’idée était de mieux défendre la pierre et ses membres, dans la ligne de ce que nous avons toujours fait, mais en passant un pallier supérieur. L’IG permet de lutter contre la fausse pierre et la fausse utilisation du terme « pierre de Bourgogne ». Notre association est devenue Organisme de défense et de gestion avec la compétence de gérer et défendre l’appellation sur le territoire français.

Le cahier des charges adossé à l'IG est très strict sur la qualité des produits, les pierres utilisables, la traçabilité. Il est possible de remonter, avec le numéro de bloc, du dallage jusqu'à la carrière. L'indication géographique recentre vraiment l'activité et le produit sur le territoire : une pierre de Bourgogne est exclusivement extraite et façonnée en Bourgogne. Mais surtout, pour obtenir une IG, il faut que le produit ait une histoire. Nous avons donc dû prouver que la pierre était utilisée depuis longtemps. Nous avons trouvé des éléments portant la trace d'outils et de façonnage datant de - 6000.

Qu'a changé l'acquisition de cette indication géographique ?

Cela nous a permis d'épurer le marché. Avant, il y avait des entreprises qui faisaient passer du béton, du bois, de la céramique et même du PVC pour de la pierre de Bourgogne et nous ne pouvions rien dire… Aujourd'hui, nous avons les moyens de nous défendre et depuis plus de deux ans nous avons envoyé une cinquantaine de courriers à des sociétés françaises. Dans 95% des cas, elles se conforment à la loi. Pour les quelques récalcitrantes, nous allons aller devant les tribunaux. Usurper le nom d'une IG est une faute pénale, cela revient à tromper le consommateur.

La notoriété de la pierre de Bourgogne dépasse-t-elle nos frontières ?

Oui. Après avoir conquis la région parisienne, grâce au canal de Bourgogne et la Seine, la pierre de Bourgogne a été transportée en train jusqu'aux ports maritimes. Elle atteint donc les États-Unis dès les années 1900. Elle est assimilée à un produit de luxe. À l'étranger, avoir de la pierre de Bourgogne chez soi, c'est un peu comme posséder un sac Louis Vuitton. Elle a une renommée mondiale grâce à sa qualité et son identité française. Jusqu'en 2008, 80% de la production partait à l'export. Mais en 2008, avec la crise, les gros marchés comme les États-Unis se sont effondrés et des pays comme la Turquie et la Chine ont émergé avec des produits moins chers. La pierre de Bourgogne est devenue un produit de niche, qu'on retrouve dans les grandes villas par exemple. Mais, dans les centres commerciaux américains, c'est fini.

Comment la filière a-t-elle rebondi après la crise de 2008 ?

En 2008, nous avons perdu environ la moitié de notre capacité à produire. Il y a eu des fermetures, des reprises, des fusions d'entreprises. Il y a eu un recentrage sur le marché français qui est devenu plus important, et on s'est davantage intéressé à l'Europe qui, longtemps délaissée, est redevenue attrayante. L'indication géographique nous a permis de mieux vendre. Le consommateur français recherche de plus en plus un produit tricolore. Avant on se battait sur le prix contre des produits d'importation mais la fabrication française est devenue un argument de poids.

Une filière réunit des membres du même secteur d'activité qui sont donc des concurrents. Comment gérez-vous cela au sein de l'association pierre de Bourgogne ?

Il y a un avant et un après crise de 2008, c'est très flagrant. Auparavant, on parlait vraiment de « concurrents » et un noyau dur de quelques entreprises faisait la pluie et le beau temps. Puis, la transformation du paysage qui a suivi la crise a changé la donne. On parle désormais de « confrères ». Nous discutons, travaillons ensemble, allons ensemble sur des salons, pour que le produit se vende le mieux possible. Par moment, les marchés se font à plusieurs car il faut une grande capacité de production.

Comment s'organise la transmission des savoir-faire au sein de la filière ?

Le manque de main d’œuvre qualifiée est récurrent en carrière et usine. Depuis toujours, l’association travaille avec des professionnels de la formation, comme le lycée Les Macs d’Or à Dijon qui est reconnu pour ses formations dans la pierre. Nous sommes en lien récurrent et ils s’adaptent à nos besoins, notamment concernant la numérisation du matériel. Aujourd’hui, la commande numérique prend le pas et nous cherchons des opérateurs de commandes numériques qui sachent aussi faire les finitions à la main. Par ailleurs, nous formons beaucoup en interne, notamment des personnes en reconversion, issus de secteurs éloignés du nôtre, comme des bouchers ou des boulangers. Ils ont une grande capacité d’adaptation et de travail, sont habitués à travailler dans des conditions difficiles : station debout, port de charges lourdes, humidité, froid…

Votre filière est-elle accompagnée par des acteurs économiques du territoire ?

Nous sommes soutenus depuis le début par la Région Bourgogne, devenue ensuite Bourgogne Franche-Comté, qui nous reconnaît comme une filière d’importance. Notre sérieux, notre capacité à rebondir et à se fédérer joue sans doute beaucoup dans ce soutien. Elle nous apporte un soutien financier, notamment pour aller sur des salons. Les CCI Côte d’Or Dijon Métropole et CCI Bourgogne Franche-Comté sont également des partenaires privilégiés qui nous apportent un soutien logistique et administratif. Nous profitons également des actions de la CCI concernant l’international, comme les missions à l’export.

Les chiffres-clés

70 000 m3 de blocs extraits/an

83 variétés

5 bassins d'extraction


70 millions de chiffre d'affaires

2 millions de m² de produits façonnés/an


37 membres opérateurs de l'association

1 000 salariés

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Publié le 11/09/2020

Urban'Ext : du mobilier urbain en briques recyclées

Installée entre la Vienne et la Charente-Maritime, l'entreprise Urban'Ext produit du mobilier urbain dans une matière innovante et écologique : le PolyAl. Chaque année, des milliers de tonnes de déchets issus de briques en carton trouvent ainsi un nouvel usage.

Lorsque l’on dépose une brique de lait dans la poubelle jaune, on est loin d’imaginer la vie qu’elle peut mener par la suite… Chaque année, l’entreprise Urban'Ext donne, pour sa part, une seconde vie à des centaines de milliers de briques de lait, soupe, sauce… en fabriquant du mobilier urbain. L’aventure démarre en 2011 quand son fondateur, Manuel Chevreuil, découvre une matière atypique, utilisée pour fabriquer des piquets de vigne. Ce matériau, alors très peu répandu, provient d’un déchet : les couches de polyéthylène et d’aluminium qui composent les briques et restent une fois qu’on en a recyclé le papier et carton. Jusque-là, les 39 000 tonnes de ce résidu produites chaque année en France étaient enfouies ou incinérées… « À l’époque, la société qui travaillait cette matière n’en faisait qu’une question de recyclage, se souvient Manuel Chevreuil. Moi, dès que je l’ai eu dans les mains, j’ai vu qu’il y avait des choses à faire. »

« Le PolyAl s’utilise un peu comme le bois, même s’il a des particularités différentes. »

Marier menuiserie et plasturgie

Dans le champ des possibles, ce menuisier d’agencement intérieur et extérieur, imagine notamment du mobilier urbain : tables de pique-nique, poubelles, bancs… En 2013, il crée donc sa société Urban’Ext, à Montmorillon (Vienne), et se rapproche des acteurs de la filière. Il recherche un nom commercial à la matière, qui sera dénommée « PolyAl ». Fort de son expérience comme agenceur et décorateur, Manuel Chevreuil imagine ensuite des objets dont il conçoit les maquettes et prototypes. Dans son site de production, installé à Yves (Charente-Maritime), trois personnes formées spécialement pour travailler la matière, réalisent les produits. « Le PolyAl s'utilise un peu comme le bois, même s'il a des particularités différentes. Notre métier, ça revient à marier la menuiserie avec la plasturgie », explique l'entrepreneur.
Imputrescible, résistant au choc, non conducteur, et lourd, le PolyAl ne demande pas d’entretien particulier. C’est pourquoi il séduit notamment les collectivités, mais aussi les grandes entreprises et, de plus en plus, les particuliers.

« Quand on dirige une entreprise, on se doit de trouver des solutions. »

D’année en année, Urban’Ext acquiert une reconnaissance pour son expertise concernant la matière et le savoir-faire, ce qui lui vaut d’être choisie, aux côtés de 119 autres entreprises, pour être exposée en janvier 2020 à la Grande Exposition du Fabriqué en France, à l’Élysée*. Malgré la crise du COVID-19, l’entreprise connaît une progression de son activité, grâce notamment à son distributeur de gel hydroalcoolique imaginé durant la crise sanitaire. « Le COVID-19 a créé énormément de problématiques, mais j’ai su rebondir très vite, affirme Manuel Chevreuil. Quand on dirige une entreprise, on se doit de trouver des solutions. »

Opération séduction

Au total, ce sont plus de 400 tonnes de mobilier qui sortent des ateliers d’Urban’Ext chaque année. La renommée croissante de la marque va lui permettre de proposer davantage de mobilier de couleur. « Il est possible de teinter le matériau [gris à l’origine ndlr.] dans la masse mais, pour cela, il faut faire beaucoup de volume », explique Manuel Chevreuil. L’enjeu, pour Urban’Ext, est désormais de continuer à pénétrer le marché du mobilier urbain français, et peut-être un jour international, en mettant l’accent sur la fabrication française et l’intérêt du recyclage des briques. « J’ai été formé par des artisans français qui m’ont transmis leur savoir-faire, souligne Manuel Chevreuil. Il était donc important pour moi de créer mon entreprise en France, malgré des propositions pour aller l’installer ailleurs et de démontrer que les Français ont des bonnes idées et qu’on est capables de faire des choses. »

*Danielle Dubrac, présidente de la CCI Seine-Saint-Denis, a représenté le réseau CCI au sein du comité de sélection des entreprises exposées à l'Élysée.

Pour en savoir plus :

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Publié le 03/09/2020

Atelier Unes, la mode éthique et collaborative

Si créer une entreprise est un projet de longue haleine, créer une société engagée et éco-responsable peut s'avérer d'autant plus complexe. C'est pourtant le défi qu'ont relevé Violette Dedepan et Matthieu Jungfer en lançant Atelier Unes, une marque de mode française qui propose un vestiaire co-créé et durable.

Lui avait plutôt un profil technique. Un diplôme de télécommunication en poche, il était passé par plusieurs start-up de la tech. Elle travaillait dans la mode depuis ses études dans le domaine. En 2018, Violette Dedepan et Matthieu Jungfer ont associé leurs savoir-faire pour créer la marque Atelier Unes, sur un marché prometteur. « Violette voulait créer une marque de mode et a constaté que des marques éthiques commençaient à émerger, raconte Matthieu Jungfer. De mon côté, j’ai étudié le marché de la mode éthique et je me suis rendu compte que c’était le bon timing : des choses avaient été faites dans l’alimentation ou encore la cosmétique, mais il y avait encore des projets innovants à mener dans le secteur de la mode. »

À ces conditions favorables, s’ajoute l’envie de créer « quelque chose qui a du sens », pour le jeune trentenaire. « Je voulais quitter l’univers de la tech car j’avais l’impression d’enchaîner les projets, précise Matthieu Jungfer. On avait tous la tête dans le guidon et on ne réfléchissait pas à l’utilité de notre travail. Je me rendais compte, aussi, que la prochaine tendance ne serait plus la tech mais l’éthique et que les priorités étaient en train de changer. »

Vers toujours plus d'éco-responsabilité

Le jeune couple lance alors sa marque en 2018, en adoptant deux pratiques différenciantes : le lancement d’un produit par mois en pré-commande, pour une période définie, et la co-création. « L’idée était de lancer des produits tous les mois, un peu sur le modèle de la plate-forme Ulule, précise l’entrepreneur. Mais aussi de créer une communauté en sollicitant des avis clients pour le développement des produits.»

Un concept innovant que Violette Dedepan et Matthieu Jungfer développent avec l’envie de proposer un vestiaire durable, confectionné à partir de matériaux recyclés. Cet objectif ambitieux nécessite beaucoup de temps et de travail de la part du couple d’entrepreneurs. « Après coup, on s’est rendu compte qu’il était très difficile d’être complètement “vert”, explique Matthieu Jungfer. Nous avons donc avancé petit à petit en choisissant des priorités. » Le couple décide de travailler d’abord sur le sourcing des matières premières, puis de s’attaquer à la confection des produits. « Nous avons fait beaucoup de visites d’ateliers. Après un essai malheureusement peu concluant en France – le coût de fabrication nous aurait contraints à fixer le prix de vente d’une robe à 400 euros –, nous nous sommes tournés vers le Portugal où il a une belle expertise et où tous les intermédiaires sont dans un rayon de 30 km. »

Créer et impliquer une communauté

Aujourd’hui, Atelier Unes est en bonne passe de réussir son pari. « Nous utilisons des matériaux recyclés ou des matières naturelles sourcées, nos ateliers de confection sont vérifiés et nos teinturiers sont certifiés GOTS*, détaille le co-fondateur de la marque. Côté transport, nous privilégions le camion à l’avion, et nous utilisons du plastique recyclé pour le packaging que nous travaillons à réduire. Tout ça n’est pas facile pour une petite entreprise, car il y a souvent des problèmes de volume et de prix ! »

Pour continuer sa progression, la petite entreprise de 4 salariés, basée à Paris, peut compter sur sa communauté, qui grandit de mois en mois grâce au développement collaboratif de chaque nouveau vêtement. « Dès la création de notre site internet, nous avons mis en place un sondage auquel tout le monde peut participer pour proposer des idées ou des produits, explique Matthieu Jungfer. À partir des réponses collectées, nous entamons des process internes pour arriver à un prototype. » Pendant 6 mois, les créateurs font du sourcing, rencontrent les ateliers et conçoivent le vêtement. « Lorsque nous avons notre produit béta, nous lançons un sondage plus précis, avec une idée du projet pour choisir la forme du col, la coupe, la couleur ou encore le style », précise l’entrepreneur. Depuis sa création, Atelier Unes a collecté près de 60 000 réponses à ses sondages. Le dernier en date, sur le développement d’un collant recyclé, a reçu 20 000 participations.

Une dizaine de pièces ont ainsi été créées en 2 ans, comme la marinière en lin sourcée 100% européenne ou la robe d’hiver upcyclée en velours. La marque prévoit de sortir bientôt son collant recyclé ainsi qu’un pull en laine mérinos, recyclée également. Les fondateurs d’Atelier Unes sont confiants dans l’avenir, malgré le contexte économique actuel. « La crise sanitaire a renforcé l’utilité de projets comme le nôtre, estime Matthieu Jungfer. Nous avons lancé une levée de fonds de 300 000 euros pour pouvoir embaucher davantage de personnes, continuer à travailler et à faire des tests, notamment sur la récupération des vêtements, afin que notre entreprise ait vraiment un impact positif. »

*Le label GOT (Global Organic Textiel Standard) définit des critères environnementaux tout au long de la chaîne d'approvisionnement des textiles biologiques et garantit également le respect de critères sociaux.

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Publié le 11/09/2020

Agnès PANNIER-RUNACHER annonce la publication d'un guide rassemblant les dispositifs d'aide et d'accompagnement mobilisables par les entreprises industrielles pour la relance

La crise économique liée à la Covid-19 touche particulièrement les entreprises industrielles. Ces entreprises sont au cœur de l'emploi sur l'ensemble du territoire et la crise a démontré l'importance de disposer d'un secteur productif fort.

Le Gouvernement mobilise ainsi des moyens sans précédent pour soutenir le secteur. La 3ème loi de finances rectificative adoptée par le Parlement en juillet dernier permet ainsi de mettre en œuvre dès à présent près de 800 millions d'euros dès 2020 pour des dispositifs de soutien à l'industrie qui s'inscrivent dans les priorités de la relance.

Au total, sur la période 2020-2022, France Relance, présenté jeudi dernier par le Gouvernement, mobilisera près de 35 milliards d'euros en faveur de l'industrie.

Pour aider les chefs d’entreprises industrielles à se saisir pleinement de ces dispositifs de soutien et d’accompagnement, la Direction générale des Entreprises du ministère de l’Economie, des Finances et de la Relance, publie aujourd’hui un guide rassemblant l’ensemble des mesures mobilisables par les TPE, PME et les ETI industrielles pour les soutenir dans la reprise de leur activité. Ces dispositifs sont ceux déployés par l’Etat et ses opérateurs et sont complémentaires de ceux mis en place par les collectivités et les chambres de commerce et d’industrie.

Ce guide, qui sera régulièrement actualisé, vise à répondre aux préoccupations concrètes des chefs d'entreprises et couvre notamment les dispositifs mobilisables en matière d'aide au financement, de transition numérique et écologique, de soutien à l'innovation, de développement de nouvelles productions en France, de développement à l'export, de conseil, etc. Nous avons proposé aux Régions de France de travailler ensemble à une version consolidant, dans chacune des régions, les dispositifs nationaux et régionaux spécifiques à chaque région. Ces guides seront publiés au fil de l'eau.

Afin de renforcer l'information des entreprises sur ces dispositifs, les services de l'Etat en région (Direccte) et le réseau des Chambres de Commerce et d'Industrie (CCI) contacteront directement près de 30 000 entreprises, ETI industrielles et PMI, afin de leur présenter ces dispositifs.

Pour Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée auprès du ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance, chargée de l’Industrie :

« Avec France Relance et l’ensemble des mesures en faveur des entreprises industrielles de toutes trailles, nous disposons aujourd’hui d’un dispositif inédit au service des entreprises pour les aider à passer le cap de la crise et à être demain plus compétitives. Mais pour que ces outils prennent toute leur ampleur, il est nécessaire que les entreprises se l’approprient. Pour les y aider et aller au-devant de leurs besoins, nous publions aujourd’hui ce guide qui détaille notamment les dispositifs de France Relance et nous agissons activement et localement auprès des entreprises. Ensemble, faisons de la relance un succès pour notre industrie ! ».

Pour Pierre Goguet, président de CCI France :

« En faisant le choix de la compétitivité, de l'innovation, de l'écologie, du numérique et de l'attractivité de la France, le plan de relance peut permettre à toutes nos entreprises industrielles de croire en l'avenir. Le réseau des Chambres de commerce et d'industrie, fort de son maillage dans tous les territoires, lance aujourd'hui une campagne massive de 29 000 appels sortants afin de faire connaitre les mesures de relance de l'industrie mises en place par l'État, et d'orienter les chefs d'entreprise vers un accompagnement adapté et pertinent. Les CCI s'engagent ainsi à informer et à accompagner les petites et moyennes entreprises industrielles à réussir la relance de leur activité ».


Contact presse

Cabinet d'Agnès Pannier-Runacher

139, rue de Bercy
75012 Paris
presse@industrie.gouv.fr

CCI France

Françoise Fraysse
+33 (0)6 79 94 59 90
f.fraysse@ccifrance.fr

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Publié le 08/09/2020

Plan « France Relance » : 100 milliards d'euros pour relancer et transformer l'économie

Le plan « France Relance » affiche une double ambition : relancer l'activité économique frappée par la crise sanitaire et préparer l'avenir à l'horizon 2030. Articulé autour de trois priorités – la transition écologique, la compétitivité des entreprises et la cohésion sociale et territoriale – ce plan, comprenant 70 mesures, est doté d'un budget de 100 milliards d'euros sur deux ans.

Investir dans l'économie de demain et sauver les emplois d'aujourd'hui. Annoncé par le gouvernement le 3 septembre 2020, le Plan « France Relance » vise de fait, d'une part, à créer 160 000 emplois en 2021 et à redresser l'économie française d'ici 2022 et, d'autre part, à investir dans les domaines les plus porteurs pour préparer la France de 2030 et générer les emplois de demain.

Pour atteindre ces objectifs, trois priorités ont été fixées : la transition écologique, la compétitivité des entreprises et la cohésion sociale et territoriale. Le plan comprend 70 mesures et dispose d'un budget important de 100 milliards sur deux ans, dont 40 % financés par des fonds de l'Union Européenne. Ce plan axé sur la reprise et la préparation de l'avenir fait suite aux mesures d'urgence, financées à hauteur de 470 milliards d'euros, destinées à faire face aux conséquences de la crise sanitaire.

La transition écologique : 30 milliards d'euros

Pour atteindre l'objectif de la neutralité carbone en 2050, les principales mesures arrêtées sont :

  • le développement de la filière de l'hydrogène « vert » (7 Md€) ;

  • la rénovation énergétique des bâtiments tant publics (4 Md€) que privés (2 Md€ via le dispositif MaPrimeRénov’). Dans ce cadre, les écoles du réseau des CCI participent déjà à la formation des jeunes et des demandeurs d’emploi aux métiers de la rénovation énergétique ;

  • le soutien au secteur ferroviaire (4.7 Md€) ;

  • la reconquête de la biodiversité, la lutte contre l'artificialisation des sols et la transition de l'agriculture (2.5 Md€) ;

  • la décarbonation de l'industrie pour permettre aux industriels d'investir dans des procédés de production moins émetteurs de CO2. (1.2 Md€) ;

  • le développement des transports en commun et l'usage du vélo (1.2 Md€).

La compétitivité : 35 milliards d'euros

Parmi les mesures pour renforcer la compétitivité des entreprises et notre souveraineté économique :

  • la baisse des impôts de production (20 Md€) ;

  • investir dans les technologies d'avenir en soutenant les filières industrielles et les technologies à fort potentiel ainsi que les écosystèmes d'enseignement supérieur, de recherche et d'innovation (11 Md€) ;

  • le renforcement des fonds propres des TPE/PME/ETI (3 Md€) ;

  • la relocalisation de la production industrielle dans les territoires (dans le cadre du programme Territoires d'industrie associant Etat/Régions et des partenaires dont l’Alliance Industrie du futur dont sont membres les CCI) ;

  • la numérisation des TPE, PME et ETI (400 M€) ;

  • le soutien financier aux entreprises, en particulier aux PME-ETI, dans leurs démarches de prospection à l'export (247 M€).

La cohésion sociale et territoriale : 35 milliards d'euros

Pour soutenir les personnes les plus fragilisées par la crise (jeunes, personnes en situation de handicap…) et tous les territoires, des mesures spécifiques ont été décidées en matière de santé, d'emploi et de formation notamment :

  • le maintien en emploi et des compétences via l'allocation partielle de longue durée et le FNE formation (7.6 Md€)

  • un plan massif d'investissement dans le domaine de la santé (6 Md€) ;

  • un soutien aux collectivités territoriales (5 Md€) ;

  • l'aide à l'embauche et à la formation des jeunes de moins de 26 ans et des personnes en situation de handicap (3.8 Md€) ;

  • la formation des jeunes, spécialement les moins qualifiés, aux métiers des secteurs stratégiques et porteurs (1.6 Md€) ;

  • le financement de 300 000 parcours d'accompagnement vers l'emploi pour lutter contre leur précarité et faciliter leur insertion (1.3 Md€) ;

  • le soutien financier, via l'allocation de rentrée scolaire, aux personnes en grande précarité (500 M€) ;

  • le renforcement les compétences des actifs et la numérisation de l'offre de formation professionnelle (1 Md€) ;

  • le soutien aux initiatives créatrices d’activités et de développement dans les territoires, dans le cadre notamment des fabriques de territoires ou des tiers lieux (250 M€)

  • la lutte contre l'illectronisme dans les territoires (250 M€)

  • l'accélération du déploiement de la fibre optique en vue de sa généralisation d'ici 2025 (240 M€) ;

Un plan pour croire en l'avenir

Au total, sur l'ensemble des mesures du plan de relance, « ce sont près de 40 milliards d'euros qui seront consacrées, de manière directe ou indirecte, aux TPE/PME » indique le ministre en charge des petites et moyennes entreprises. Pour Alain Griset, « le plan de relance va notamment créer de nouvelles opportunités de marchés pour les TPE/PME grâce à la rénovation thermique des bâtiments, la modernisation des infrastructures ou encore le verdissement du parc automobile ».

« En faisant le choix de la compétitivité, de l'économie du futur, de l'écologie, du numérique et de l'attractivité de la France, ce plan peut permettre à toutes nos entreprises, notamment les TPE et les PME, de croire en l'avenir » se félicite Pierre Goguet, Président de CCI France.

Et de rappeler la mobilisation spécifique du réseau des Chambres de Commerce et d'Industrie sur les mesures suivantes du plan :

  • l'accompagnement des commerçants et des indépendants à la transition écologique ;

  • l’accompagnement des TPE – PME à la transformation numérique, en lien avec France Num ;

  • la relance de l’export via la Team France Export

  • l'appropriation des nouveaux usages (télétravail, dématérialisation) dans les entreprises et l'inclusion numérique (tiers-lieux)

  • l’embauche et la formation des jeunes notamment via l'apprentissage

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Publié le 28/08/2020

Folies d'encre : Sous le béton, les pages

C'est une institution à Montreuil. Première librairie indépendante créée dans le93,Folies d'encre est née il y a quarante ans de la persévérance d'un homme engagé, Jean-Marie Ozanne. Elle poursuit son développement sous l'impulsion d'une femme volontaire, Amanda Spiegel. Quand la fidélité aux convictions est récompensée…

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On se croirait en pleine saynète de Coffee and cigarettes de Jim Jarmusch. Entre deux bouffées, au QG - nom de code du bar d’à-côté – Amanda Spiegel dessine, par bribes, les contours de la librairie  Folies d'encre , à Montreuil (93) qu’elle dirige depuis 2014. Le décor est planté, place aux acteurs.

Et en premier lieu, le fondateur de l’entreprise, Jean-Marie Ozanne qui, en 1981, a investi les 15 000 francs (3 000 euros environ) d’un héritage pour ouvrir, Croix de Chavaux, au cœur de Montreuil, la première librairie du département. « Ah bon, on lit à Montreuil ? » La réaction des deux premiers éditeurs qu’il a contactés avant de se lancer aurait pu le dégoûter. Elle a, au contraire, renforcé sa motivation, renvoyant à ses interlocuteurs, comme il l’a raconté au réseau social de lecteurs Libfly, une réponse cinglante : « Non, je vais faire une librairie de cons pour les cons ! ».

Ozanne ose

Pour audacieux, le pari de cet ex-infirmier psychiatrique était loin d’être fou. En 40 ans, Folies d’encre est devenue une institution dans la ville et une locomotive dans le département qui compte maintenant 15 librairies réunies au sein du réseau Librairies 93, impulsé par la pionnière montreuilloise. Mais l’implication de Jean-Marie Ozanne dans le développement du goût pour la lecture ne s’est pas limitée à l’ouverture de commerces spécialisés dans le territoire. À l’origine de la création du salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil en 1984, le premier rendez-vous européen du secteur, il a aussi créé, en 2010, le festival VOX, festival urbain du livre audio et de lecture à voix haute. L’occasion notamment pour des comédiennes vivant à Montreuil, comme Ariane Ascaride et Romane Bohringer, de faire résonner des mots et partager les écrits de Florence Aubenas et de Virginie Despentes.

Des lettres et des chiffres

Jean-Marie Ozanne a osé et bâti les fondations de Folies d’encre et de sa maison d’édition éponyme dans un local de 25 m² dans la rue piétonne, avant de s’installer avenue de la résistance (ça ne s’invente pas) dans un espace de 300 m². Amanda Spiegel a poursuivi sur ses traces.

Arrivée un peu par hasard dans cette librairie pour un stage de trois mois en 2003, alors qu’elle était en maîtrise de lettres à la Sorbonne, elle n’en est jamais repartie… « Honnêtement, au départ, je ne connaissais rien à cet univers, je n’en possédais pas les codes et je ne savais même pas qu’Ozanne était un gourou de la profession… Mais je savais m’organiser et organiser le travail des autres. » Désireuse de rester travailler à Folies d’encre à l’issue de son stage, elle reçoit du fondateur une proposition surprenante : celle qui sort d’une fac de lettres allait s’occuper des chiffres. « La compta était le seul poste disponible. Je me suis donc retrouvée dans une cave avec des factures du sol au plafond et pour encouragement un “démerde-toi avec ça ! ” »

Contrairement à nombre de ses confrères, Amanda Spiegel n’a jamais été responsable d’un rayon. Elle s’est toujours attelée aux tâches administratives et logistiques. Avec efficacité. En atteste le compliment – un peu rude – fait par son mentor : « Tu ne seras jamais une grande libraire mais la librairie a besoin de gens comme toi ! » En atteste, également, la croissance de la PME. En cinq ans, le chiffre d’affaires a progressé de 35% et l’entreprise s’est agrandie en ouvrant, face à la boutique historique, une annexe dénommée Le Kraft, dédiée à la papeterie, aux loisirs créatifs et aux beaux-arts. Pas folle, Amanda a ainsi su répondre aux attentes de la clientèle d’une ville qui s’est largement gentrifiée durant ces quinze dernières années. Ce développement, la directrice peut légitimement en être fière, même si elle sait la fragilité des librairies.

« Avec en moyenne un taux de marge de 1%, nous sommes les commerces de proximité les moins rentables, et en même temps, un maillon essentiel de la chaîne du livre qui, s’il saute, pourrait menacer toute la filière du livre. »

L'obsession du grain de sable

Un message qu’Amanda Spiegel, membre du directoire du syndicat de la librairie française (SLF) a fait passer à Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, lors de sa venue à Folies d’encre  lors de la fermeture administrative des commerces, pour se pencher sur le sort des librairies face à la crise de la Covid-19. Selon la responsable syndicale, cette crise a au moins permis de montrer, grâce à la large médiatisation du sort des librairies, « d’une part, leur rôle essentiel comme vecteur de socialisation et d’ouverture au monde, et d’autre part, la réactivité et la solidarité de la profession ».

N’étant plus en concurrence sur les prix grâce à la loi Lang, et bien qu’attachés à leur indépendance, les libraires ont échangé entre eux et coopéré pendant la crise. Assurances, loyers, fournisseurs, les informations ont circulé entre professionnels. L’assortiment de chaque librairie (le choix des livres proposés par le libraire à sa clientèle) reste son domaine réservé mais pourquoi ne pas imaginer de cheminer collectivement vers des solutions mutualisées ? Les chantiers sont à ouvrir…

Ses responsabilités, au SLF ou en tant que vice-présidente de l’Institut National de Formation de la Librairie, installé dans la ville, la directrice de Folies d’encre peut les assumer « car la boutique tourne bien grâce à l’équipe » qu’elle considère, comme « la moelle épinière de l’entreprise ». Son rôle, elle le définit par une image. « J’ai l’obsession du grain de sable ; le petit détail qui fait dysfonctionner l’organisation. » Celle qui n’a pas peur de s’afficher comme « une machine organisationnelle » s’enquiert avec une régularité mécanique des tâches (façon « to do list » en tête) à effectuer par chacun de ses collaborateurs pour vérifier qu’il n’en n’oublierait pas une par hasard…

Une institution dans la ville

Mais sur l’essentiel de leur métier, elle peut être rassurée. Les onze libraires de l’équipe, chacun responsable de son rayon, « savent choisir les ouvrages en adéquation avec la population montreuilloise qui, bien que diverse socialement et culturellement, cultive le même terreau politique». « Forcément de gauche ; nous sommes à Montreuil ! », sourit Amanda qui aurait pu ajouter que l’héritage politique du fondateur maoïste de l’entreprise reste toujours influant. « C’est vrai, admet-elle, que l’on a sans doute moins de biographies de De Gaulle ou de Napoléon et plus d’ouvrages de référence sur la Commune! »

Pour garder son rang d’institution dans la ville, Folies d’encre soigne ses rencontres littéraires, pour parler d’un roman ou d’un sujet de société, qu’elle propose tous les quinze jours à sa fidèle clientèle. Avec, pour parti pris, de diversifier les sujets et le profil des intervenants, invitant des artistes vivant à Montreuil, comme l’autrice et femme politique Clémentine Autain, le psychanalyste Bruno Clavier ou, à la rentrée prochaine, l’auteur de BD Mathieu Blanchin, ou bien encore des « têtes d’affiche » comme Luis Sepúlveda ou Erri de Luca, pour attirer le plus de monde possible.

Ces rendez-vous et tous les événements organisés par Folies d’encre sont annoncés dans la newsletter adressée aux abonnés et sur la page Facebook de la librairie. Et le site internet ?

« Nous l’utilisons plus pour la commande en ligne avec retrait en magasin… Et puis, je ne crois pas que des vidéos sur nos coups de cœur littéraires qui seraient mises en ligne attireraient du monde dans la boutique », argumente-t-elle.

Quant à la fidélité de sa clientèle, Amanda Spiegel est confiante. « Nous sommes un commerce de proximité qui offre des conseils de meilleure qualité que les grandes surfaces de vente. » Confiante et réaliste : « Nous savons que trois quarts de nos clients achètent aussi sur Amazon mais cette polygamie est supportable car ils sont responsables et reviennent régulièrement dans la librairie. » Sa librairie, elle la voit comme une maison refuge. C’est le sentiment qu’elle a particulièrement ressenti lors des attentats de 2015 notamment. « Les gens avait plaisir à s’y retrouver car ils étaient en recherche de sens et de contact humain» Une célébration du vivre ensemble – « et du vivre tout court », glisse-t-elle – qui colle bien à cette Folies d’encre…

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Publié le 03/09/2020

Le réseau des CCI salue l'ambition d'un plan plaçant la France en capacité de réussir la relance.

Suite à la présentation par le Gouvernement du plan France Relance doté de 100 milliards d'euros, le réseau des Chambres de commerce et d'industrie fait le constat d'une mobilisation de moyens sans précédent à l'appui d'une démarche orientée vers la transformation de l'économie et la co-construction avec les territoires.

« En faisant le choix de la compétitivité, de l’économie du futur, de l’écologie, du numérique et de l’attractivité de la France, ce plan peut permettre à toutes nos entreprises, notamment TPE-PME, de croire en l’avenir », indique Pierre Goguet, président de CCI France. « La confiance est la clé du succès de la relance de notre pays », ajoute-t-il. 

Le réseau des CCI est pleinement mobilisé pour contribuer à la réussite de ce plan, en particulier sur la transformation de notre économie.

À la lecture du plan et conformément à nos propositions, le Gouvernement fait le choix de s’appuyer sur les CCI pour : 

  • L’accompagnement des commerçants et indépendants à la transition écologique ;

  • L’accompagnement des TPE-PME à la transformation numérique avec notre partenaire France Num ;

  • La relance de l’export, dans un contexte de concurrence étrangère accrue via la Team France Export dont les CCI sont moteurs avec Business France ; 

  • L’appropriation des nouveaux usages (télétravail, dématérialisation) dans les entreprises et l’inclusion numérique (tiers-lieux). 

Par ses actions au quotidien, le réseau des CCI apportera également sa contribution à la réindustrialisation de la France et au développement des compétences, notamment des jeunes par l'apprentissage.

Le réseau des CCI sera attentif à la déclinaison territoriale de ce plan de relance ambitieux et se tient prêt à participer aux comités régionaux de suivi aux côtés des collectivités territoriales, des représentants de l'État et des organisations professionnelles.

Contact presse

CCI France

Françoise Fraysse
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Publié le 08/09/2020

« La rénovation énergétique : des perspectives d'emplois et de carrières, riches d'expériences »

Trente milliards d'euros du plan de relance seront consacrés à la transition écologique dont 6,7 milliards d'euros au titre de la rénovation énergétique des bâtiments publics et privés. Laurent Trilles, directeur de L'ÉA et du CFI, deux écoles de la CCI de Paris Île-de-France, qui préparent entre autres aux métiers du bâtiment, des travaux publics, de l'énergie, de la mobilité (maintenance mécanique), du ferroviaire et de l'aménagement paysager, s'exprime sur les défis de cette rénovation et l'offre de formation des écoles de la CCI Paris Ile-de-France pour contribuer à les relever.

Quels sont, à vos yeux, les enjeux de cette rénovation énergétique impulsée par le plan « France Relance » ?

Avec près de sept milliards d'euros dédiés, la rénovation énergétique constitue bien un axe majeur du plan de relance post-crise. Le potentiel économique de cette filière de la rénovation est important, mobilisant les acteurs de l'énergie, du bâtiment et de l'aménagement paysager notamment.

La rénovation énergétique s’impose comme une priorité à différents titres : écologique, d’abord, pour lutter contre le changement climatique en réduisant les émissions de gaz à effet de serre ; sociale, ensuite, avec l’amélioration du confort de l’habitat et ce, en premier lieu, pour les 3,4 millions de foyers en situation de précarité énergétique ; économique, enfin, avec la création de milliers d’emplois, l’émergence de nouveaux métiers et la dynamisation d’une filière. Il est à noter que la rénovation est également porteuse d’innovations au travers de la recherche de nouveaux matériaux, de nouvelles solutions et de nouveaux usages. On le constate, par exemple, avec l’essor des équipements de chauffage dits « verts ». En 2019, les achats de pompes à chaleur ont ainsi dépassé les ventes de chaudières à gaz et au fuel.

Laurent Trilles

Des bâtiments énergivores

Rappelons qu'au-delà des obligations réglementaires qui fixent notamment des objectifs de réduction de consommation d'énergie dans les bâtiments à usage tertiaire, le parc immobilier français est très ancien. Près de la moitié des bâtiments - bureaux et résidences confondus – ont été construits avant 1975. Ils consomment en moyenne cinq fois plus d'énergie que les constructions récentes.

Que pèse le secteur de la rénovation énergétique en termes d'emplois?

L’ADEME a évalué à 300 000 le nombre d’emplois relevant de la transition énergétique. Ces emplois se retrouvent, principalement, dans le bâtiment, les transports et les énergies renouvelables. Les emplois affectés à la seule rénovation énergétique s’élèveraient à 200 000. Le chiffre d’affaires du secteur approcherait les 29 milliards d’euros.

10 000 jeunes et demandeurs d'emplois formés

Face aux enjeux et objectifs de la transition écologique et énergétique, réaffirmés par le plan de relance, les pouvoirs publics ont voulu encourager la formation aux métiers dits verts. C’était le sens du programme "10KVert" lancé en mai 2018 par Muriel Pénicaud, alors Ministre du Travail, et Estelle Sauvat, Haut-Commissaire à la transformation des compétences, qui prévoyait la formation dans l’année de 10 000 jeunes et demandeurs d’emploi. Pour accompagner cette transition écologique et énergique, une mission a aussi été confiée à Laurence Parisot, ancienne Présidente du Medef, qui a proposé un plan de programmation de l'emploi et des compétences.

Au-delà du nombre d'emplois créés, le secteur de la rénovation énergétique offre des perspectives véritables de carrières professionnelles, riches d'expériences, sans oublier, la possibilité de créer sa propre entreprise. La rénovation énergétique propose aussi un large spectre d'emplois allant des métiers de l'installation en passant par ceux de la maintenance, du management des équipes d'intervention, de chefs de projets voire d'entrepreneurs.

Quelle a été la réponse de la CCI Paris Île-de-France pour former aux métiers de la transition écologique et énergétique ?

Pour répondre aux enjeux de la Ville de demain, la Chambre de commerce et d’Industrie Paris Île-de-France a décidé de rassembler deux de ses écoles pour constituer une filière de formation :L’ÉA , les écoles des éco-activités et  CFI, l’école connectée au futur de l’industrie.

Quelle est l'offre de formation de L'ÉA - CFI ?

L'offre de formations de L'ÉA-CFI comprend deux volets : l'un se rapporte à la formation initiale, l'autre est relatif à la formation continue. Concernant la rénovation énergétique, nombre des formations de l'établissement permettent d'y satisfaire à différents niveaux, depuis le CAP jusqu'à des diplômes de l'enseignement supérieur, en réponse aux besoins des entreprises et des activités. Les diplômes préparés portent tant sur la maîtrise de l'énergie (électricité, domotique, génie climatique, …) que sur la gestion optimisée des bâtiments (installations thermiques, réseau très haut débit, environnements connectés, …), la gestion du froid industriel ou l'aménagement paysager. En formation continue, nombre de stages inter ou intra entreprises sont proposés aux professionnels sur des questions comme celles de l'installation et de l'entretien des pompes à chaleur, de systèmes de climatisation comme de la végétalisation des toitures.

Et avec quel taux d'insertion et quelles perspectives de carrière ?

En termes d'insertion professionnelle à sept mois, à la sortie des écoles L'EA et CFI, les résultats de l'enquête conduite en 2020, pour la promotion 2019, font ressortir un taux de 85%. La majorité de nos apprenants trouvent, dès leur embauche, un contrat à durée indéterminée, tout aussi bien dans des grands groupes que dans les PME.

Concernant leurs carrières, ce n'est pas parce que les apprenants commencent par l'exercice d'un métier technique qu'ils l'exerceront tout au long de leur vie professionnelle. C'est ainsi que d'un métier technique, ils pourront évoluer, dans le futur, vers des activités d'encadrement d'équipe, tout en continuant d'intervenir sur leur cœur de métier. Ils pourront aussi se diriger vers des fonctions de technico-commercial voire devenir entrepreneur, créant alors leur propre entreprise.

Source : ADEME 2017 et Commissariat général au développement durable 2016

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Publié le 03/09/2020

La France : 2 ème pays le plus attractif d'Europe

La France continue d'attirer les investisseurs étrangers. Avec 25 décisions d'investissement par semaine en 2018, la France se place en deuxième position du classement les plus attractifs d'Europe, derrière l'Allemagne mais devant le Royaume-Uni.

88 % des chefs d'entreprise étrangers estimaient, fin 2018, que la France constituait une destination intéressante pour investir. Ce chiffre très encourageant a été enregistré par le Baromètre réalisé par Kantar pour Business France en vue de dresser le bilan annuel des investissements étrangers dans notre pays (1).

Autres enseignements de ce bilan, les décisions d'investissement ont continué d'augmenter en nombre (1323 en 2018 contre 1298 un an plus tôt) et en volume de 2%, avec un rythme moyen de 25 projets par semaine. Ces engagements stratégiques des firmes étrangères ont eu pour conséquence la création ou le maintien de 30 300 emplois en France.

Au total, notre économie bénéficie de la présence de 28 000 sociétés étrangères employant deux millions de personnes. Parmi les 58 pays représentés en France, les cinq premiers sont : les États-Unis (18%), l'Allemagne (14%), le Royaume-Uni (9%) – en forte hausse de 33% par rapport à 2017 -, les Pays-Bas (8%) et l'Italie (7%). À noter que 61 % de ces investissements sont réalisés par des entreprises européennes.

La meilleure année depuis 5 ans

L'activité de ces entreprises étrangères est démontrée par leur politique de recherche et de développement. Elles réalisent + de 20 % des investissements des centres de R&D dans notre pays. L'une des explications de ce résultat tient aux orientations prises par les géants mondiaux de la Tech (Cisco, Google, Facebook notamment) qui trouvent dans notre pays des chercheurs et des ingénieurs très bien formés. La qualité de notre offre d'enseignement supérieur, tant en école privé qu'en université, explique aussi l'augmentation du nombre d'étudiants étrangers qui ont décidé de venir apprendre dans notre pays. Ils étaient 343 400 en 2018, en hausse de 4.5 % par rapport à l'année précédente.

Avec une présence de 23 quartiers généraux (monde ou Europe), la France attire également les grands groupes internationaux à la recherche de stabilité, d'un dynamisme entrepreneurial, de compétences de qualité et d'infrastructures développées. « La sortie du Royaume-Uni de l'Union Européenne devrait avoir un impact sur les stratégies d'implantation des firmes en Europe » précise le bilan de Business France. Si l'Allemagne est considérée comme la destination privilégiée par les investisseurs internationaux (46%), elle est suivie par la France avec 37% des avis des décideurs étrangers s'interrogeant sur leur stratégie d'implantation en raison du Brexit.

Finalement, l'année 2018 restera comme la meilleure année en nombre de projets d'investissement depuis cinq ans.

(1) Enquête réalisée par téléphone en novembre et décembre 2018 auprès de 753 dirigeants d'entreprises étrangères ayant fait le choix de s'implanter en France.

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Publié le 02/09/2020

Apprentissage : des entreprises de l'Indre témoignent

Trois entreprises de l'Indre, de taille et secteurs différents, employant des apprentis partagent leur expérience et ce que les jeunes apportent à leur entreprise.

Florence Brigand, experte-comptable, BSR & Associés

« Les jeunes font le lien entre le monde professionnel et la formation »

Pour quels métiers faites-vous appel à des apprentis et quelle est votre démarche ?

Nous sommes un cabinet d'expertise comptable, nous embauchons donc des apprentis pour des postes concernant soit la mission comptable, soit la mission sociale.

Nous recourons régulièrement à des appentis car nous pensons que c'est un moyen de former des personnes en leur permettant d'avoir un volet théorique et un volet pratique. Nous embauchons souvent nos apprentis à l'issue de l'apprentissage, si celui-ci s'est bien passé et que nous avons un poste disponible.

Florence Brigand

Comment se passe l'intégration des apprentis dans l'entreprise ?

Lors de leur embauche, les apprentis ne sont pas autonomes. Ils sont suivis par un tuteur qui leur confie des tâches dont la complexité augmente au fur et à mesure de la progression des apprentis. L'accompagnement est très important pour qu'ils soient bien formés et pratiquent le métier comme nous le souhaitons en portant les valeurs qui sont les nôtres. Il nous est parfois arrivé de nous apercevoir que pour certains jeunes l’accompagnement n’avait pas été suffisant, ce qui est frustrant car nous pensons qu’ils n’ont pas pu tirer le bénéfice de la formation à la hauteur de ce que nous aurions souhaité. C’est pourquoi, nous mettons l'accent sur l'accompagnement pour leur apporter vraiment un solide bagage.

Comment trouvez-vous vos apprentis ?

Nous avons toujours deux ou trois appentis au sein du cabinet, répartis sur différents cycles de formation. Quand nous avons des besoins, nous prévenons la CCI de l'Indre. Mais beaucoup de jeunes nous sollicitent directement car ils savent que nous faisons appel régulièrement à des apprentis et qu'il y a des possibilités d'embauche par la suite.


À l'issue de la période d'apprentissage, quand nous les embauchons en qualité de collaborateurs, ils sont donc opérationnels. Ils connaissent le métier, l'entreprise, les méthodes de travail…


Au-delà des compétences techniques, qu'est-ce que l'apprentissage apprend au jeune ?

Quand les jeunes arrivent au cabinet, beaucoup n'ont pas d'expérience professionnelle. L'apprentissage leur permet de découvrir le monde de l'entreprise, son fonctionnement, les règles à respecter : les horaires, le respect de l'autorité, la gestion du téléphone portable par exemple. Ils apprennent aussi à travailler en groupe, à se comporter et communiquer avec les clients. À l'issue de la période d'apprentissage, quand nous les embauchons en qualité de collaborateurs, ils sont donc opérationnels. Ils connaissent le métier, l'entreprise, les méthodes de travail…

Qu'est-ce que les apprentis apportent à votre entreprise ?

L'échange avec les apprentis est important car cela nous permet de faire un lien entre le monde professionnel et la formation. Grâce à eux, nous pouvons échanger avec les professeurs sur nos attentes en tant que professionnels. Ils nous font bénéficier aussi de leur jeunesse. Par exemple, ils sont souvent très au point sur ce qui concerne les outils numériques, ce qui peut être utile pour notre métier touché de plus en plus par la dématérialisation.

Ludovic Mesnard, directeur délégué du journal L'Écho du Berry

« Faire prendre conscience à l'apprenti de l'importance des tisser des liens et un réseau »

Pour quels métiers faites-vous appel à des apprentis et quelle est votre démarche ?

Nous embauchons des apprentis attachés commerciaux.

Comment trouvez-vous vos apprentis ?

Nous fonctionnons avec la CCI de l'Indre depuis longtemps, qui propose la partie théorique de la formation. De mon côté, j'entre en contact avec elle, lui fais part de mon besoin et elle me propose des profils d'étudiants. Nous recevons les candidats présélectionnés pour un oral et un petit test. Nous ne les sélectionnons pas sur l'expérience professionnelle mais sur leur motivation. Sur les CV, nous retenons les détails qui laissent penser que les jeunes ont envie d'apprendre. Nous cherchons des jeunes curieux qui seront dans les meilleures conditions pour convaincre les prospects.

Ludovic Mesnard

Pourquoi faites-vous appel à des apprentis ?

Nous accompagnons les jeunes dans l'apprentissage d'un métier, celui d'attaché commercial pour un journal qui vend de la publicité pour l'édition papier et le site web. Nous ne faisons pas nécessairement appel aux apprentis avec l'objectif que cela débouche sur un recrutement au sein de nos équipes car les postes sont limités. Mais nous les accompagnons dans la découverte du métier et la mise en situation sur le terrain, où l'autonomie leur permet de se mesurer à la réalité du métier. Cela dit, l'opportunité s'est déjà présentée et nous avons recruté une ancienne apprentie à l'issue de son BTS. Elle connaissait la maison, savait ce qu'on attendait d'elle : nous avons récolté les fruits de ce que nous avions semé.


Ils ont l'occasion de voir les attachés commerciaux en situation, aussi bien en agence que sur le terrain, d'appréhender la rencontre avec le client.


En quoi consistent les missions de vos apprentis ?

Ils ont l'occasion de voir les attachés commerciaux en situation, aussi bien en agence que sur le terrain, d'appréhender la rencontre avec le client. Ils font eux-mêmes de la prospection, vont sur le terrain pour mettre en avant le produit. Ils interviennent dans plusieurs configurations : l'accueil du client en agence, la vente d'insertion ou de plan de communication chez le client, l'entretien du lien avec les diffuseurs, la présence sur des foires et expositions…

Au-delà des compétences techniques, qu'est-ce que l'apprentissage apprend au jeune ?

Apprendre un métier est une chose mais nous essayons de lui faire prendre conscience de l'importance de tisser des liens et un réseau et de bien connaître l'environnement dans lequel il se trouve.

Élodie Bonnafoux, directrice de la librairie Arcanes à Châteauroux

« Les apprentis apportent des bonnes idées, de l'énergie, leur culture »

Pour quels métiers faites-vous appel à des apprentis ?

Nous avons en ce moment trois jeunes en apprentissage : deux apprentis libraires et un apprenti qui suit une formation de vente à la CCI de l'Indre. Le travail de ce dernier consiste à recevoir les commandes, vider les cartons, tenir la caisse. Ensuite, on peut lui confier d'autres missions, ça dépend de lui, de son aptitude, son implication et sa fiabilité. Certains arrivent même à des activités de libraire au même titre que les autres.

Élodie Bonnafoux

Pourquoi faites-vous appel à des apprentis ?

Pour plusieurs raisons : parce que c'est du personnel qu'on ne paie pas trop cher et parce qu'on a parfois de très bonnes surprises. Ensuite, je considère que c'est aussi notre rôle d'entrepreneur de participer à la formation des jeunes. On est bien contents de trouver des jeunes bien formés donc il me paraît normal d'y contribuer. L'apprentissage ne débouche pas systématique sur un emploi, car il faut avoir un poste d'ouvert à ce moment-là, mais cela peut arriver.

Au-delà des compétences techniques, qu'est-ce que l'apprentissage apporte au jeune ?

En librairie, l'apprentissage est la voie royale car ils arrivent sur le marché du travail avec une expérience. Certains libraires passent par des études universitaires mais n'ont jamais travaillé. Or, il faut un certain temps pour former des libraires opérationnels. Par ailleurs, l'apprentissage apprend le savoir-être, le « savoir-travailler ». Il permet d'intégrer la bonne posture à adopter vis-à-vis des clients, des collègues, du travail. Certains apprentis l'ont naturellement mais d'autres ont besoin de plus de temps. Par exemple, j'ai récemment renvoyé un apprenti chez lui car il est arrivé à l'ouverture avec un tee-shirt tâché… Je lui ai expliqué qu'il devait s'habiller correctement, qu'il devait apprendre à être professionnel et plus un gamin à qui on met des notes.


C'est aussi notre rôle d'entrepreneur de participer à la formation des jeunes


Qu'apportent les apprentis à votre entreprise ?

De la fraîcheur ! Ça peut être pénible parfois, mais c'est aussi super. Ils apportent des bonnes idées, de l'énergie, leur culture. La culture jeune va très vite. Donc ils nous permettent de rester au contact des modes, de nous repositionner. Cela fait toujours du bien d'avoir un peu de sang neuf !

Comment choisissez-vous vos apprentis ?

C'est toujours intéressant s'ils ont des compétences qui manquent dans l'équipe à l'instant T. Ensuite, je cherche des personnes motivées, qui ont de l'intérêt pour le travail lui-même. Je les traite comme des adultes, donc j'ai besoin qu'ils aient une attitude volontaire. Enfin, il faut que le courant passe, que ça colle avec l'état d'esprit de l'équipe. Comme on va travailler ensemble tous les jours pendant deux ans, je m'efforce de les recruter avec soin.

Pour en savoir plus :

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Publié le 02/09/2020

Le Monte-en-l'air : de l'underground à la librairie de quartier

Comment réussir à faire d'un lieu underground alternatif une librairie de quartier installée ? En jouant sur ses forces, en ne reniant pas ses convictions tout en élargissant son offre. C'est le pari réussi de Guillaume Dumora à la tête de la librairie parisienne, spécialisée dans l'image, « Le Monte-en-l'air ».

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Il faut remonter la rue de Ménilmuche, jeter un clin d’œil à la fresque en l’honneur des gars de Ménilmontant et bifurquer à gauche vers l’église Notre-Dame-de-la-Croix, en contrebas, pour tomber nez à nez, avec « Le Monte-en-l'air ». C’est ici, rue de la Mare, en plein 20 ème arrondissement de Paris que Guillaume Dumora a posé ses valises en 2010, à 40 ans, après avoir écumé l’univers du Livre et pas mal bourlingué à voltiger, un peu partout dans le monde, avec une compagnie parisienne de spectacles de rues. Le nom de sa librairie, « Le Monte-en-l’air », s’imposait comme une évidence et l’ouverture de sa boutique comme la suite logique de sa première expérience de gérance en 2005. Et, somme toute, la résultante de sa formation initiale et de son parcours.

Guillaume Dumora

La bohème

Après une Maîtrise en Sciences et Techniques « promotion et commercialisation des produits de l’édition » à Paris 13, Guillaume Dumora a papillonné dans le monde de l’édition, de la communication du Festival International de la Bande Dessinée (FIBD) d'Angoulême à la vente en librairie, enchaînant, au passage, des jobs dans des salons dédiés aux livres. En 1996, il décide de s’investir dans la maison d'édition de BD alternatives, l'Association en s’occupant de la diffusion et de la distribution du catalogue. En parallèle de ce cheminement dans la filière du Livre lui permettant d’en découvrir, petit à petit, tous les rouages, il arpente les rues pour y assouvir sa passion de l’acrobatie. Au point de lâcher pendant quatre ans, de 2001 à 2004, son job à l’Association et de se lancer, à corps perdu, dans la voltige se produisant un peu partout dans le monde.

 « Après cette vie de bohème », il était temps pour lui en 2005 de se fixer, ou, comme il le confie, « de passer aux choses sérieuses ». Sans un sou en poche, il s’installe dans un immeuble, rue des Panoyaux dans le 20 ème arrondissement appartenant à une Société d’Économie Mixte (SEM) de la Mairie de Paris. L’immeuble possède une boutique sur rue qu’il retape avec des copains. « J’ai pu démarrer l’aventure car la SEM m’a fait de très bonnes conditions… et, en plus, j’ai pu squatter un appart dans l’immeuble. » Avec 440 euros de loyer pour travailler et se loger, en ayant pu récupérer, au passage, l’intégralité du fonds des ouvrages gérés par la filiale de diffusion de l’Association, son précédent employeur, il lance son affaire. Une entreprise créée avec un emprunt de, seulement, 8 000 euros !

Un spot underground alternatif à la Berlinoise

Le stock de départ composé exclusivement de BD d’éditeurs indépendants s’est, peu à peu, enrichi d’ouvrages de jeunesse, de graphisme, de photos mais aussi de dessins, d’illustrations, « en résumé, tout ce qui avait à trait au monde de l’image… ». De fil en aiguille, les rayonnages se sont remplis de bouquins sur « la musique, de critiques sociales et ceux de petits éditeurs qui m’intéressaient », complète Guillaume. Le projet commençait à prendre forme. Celui d’une librairie atypique, foncièrement indépendante et qui assume ses choix éditoriaux. Celui aussi d’un espace dédié aux expos de dessins organisées toutes les deux semaines. Une « librairie galerie » qui, en cinq ans, « a vu défiler, grâce à mon réseau, de nombreux artistes, rencontrés dans le cadre de l’Association ou lors du Festival d’Angoulême » et, se souvient-il, « valser aussi les cubis de blanc dans cette cour intérieure, un peu sauvage, où avaient lieu des concerts. » Cette période d’hyperactivité dans ce lieu qu’il qualifie de « spot underground alternatif à la Berlinoise » a été « clairement un accélérateur de notoriété ». La presse en a parlé, « ça fait le buzz ! » ;il pouvait maintenant surfer sur la vague…

Mais l'aventure rue des Panoyaux de l'ancien voltigeur, vécue comme un tremplin, s'achève avec la fin de son bail à occupation précaire et la destruction programmée de l'immeuble. Pour rebondir et, surtout, passer à la vitesse supérieure, il lui fallait trouver un associé, un local plus grand et faire évoluer la boutique vers une librairie plus généraliste. La chance lui a souri : deux rues plus haut, un local en travaux et un « proprio » - un organisme gestionnaire du 1% logement - qui lui dit banco !

«Notre parti pris est simple : stocker des livres du sol au plafond pour être reconnu comme une librairie de fonds !»

Stocker des livres du sol au plafond

Il a donc repris la recette, mais dans un cadre trois fois plus grand que le précédent. Et avec au programme, deux à trois animations par semaine et des expos dans la partie galerie de la boutique. « Mais la gestion des expositions nous prenait trop de temps et trop d’espace », reconnaît-t-il. Exit la galerie, place aux rayonnages pour stocker encore plus de références (28 000 au compteur à ce jour, tenant sur 100 m2). « Notre parti pris est simple : stocker des livres du sol au plafond pour être reconnu comme une librairie de fonds ! », revendique le gérant. Sa librairie a des allures de bibliothèque privée où s’empilent, un peu dans tous les sens, les ouvrages. Le gérant lui trouve un côté « caverne d’Ali baba » ouverte aux chercheurs de perles rares, d’éditions aux tirages épuisés qui viennent, parfois, de l’autre bout du monde (« des argentins, des américains, des coréens, des japonais de passage à Paris et amateurs de librairies singulières ») pour y trouver « avec des trémolos dans la voix, le bouquin ou le fanzine qu’il n’espérait plus trouver un jour ».

Ce réaménagement de la librairie a aussi permis de faire de la place aux ouvrages de la maison d’édition, créée en 2013, soit trois ans après l’installation rue de la Mare. Sa librairie et maison d’édition, Guillaume a voulu en faire un lieu de vie avec des animations (dédicaces, rencontres-débats, présentation d’un premier livre, lectures, mini-concerts...) qui s’enchaînent au rythme soutenu de trois par semaine, organisées dans ou devant le commerce. Et, surtout, un espace qu’il a cherché à rendre « accessible ». « C’est vrai qu’au début, sur les traces de notre premier emplacement, la boutique ressemblait furieusement à un lieu alterno-punk-underground, certes à notre image mais un local pas forcément engageant pour les clients du quartier ! ». Les travaux d’intérieur entrepris il y a deux ans ont amélioré la circulation dans l’espace, rendu l’accès aux ouvrages plus facile, et réussi, surtout, à faire entrer les habitants du quartier dans la librairie. « Plus ça va, plus on ressemble à une librairie traditionnelle... », reconnait le gérant.

La clientèle à poussette

Pour autant, le gérant n’entend pas renoncer à son ambition de faire de son commerce une librairie « différente des autres ». Spécialisé et singulier, le « Monte-en-l’air » attire les professionnels du graphisme et de la photo. La profondeur de fonds de la boutique lui permet de proposer aux « amateurs de la culture underground graphique » des fanzines parfois rares, des « imports un peu pointus » et des livres d’artistes fabriqués à la main en sérigraphie tirés à 30 exemplaires. Et le spécialiste de l’image de s’afficher fièrement parmi les meilleures ventes de France sur certaines références accessibles facilement grâce à la géolocalisation offerte par la marketplace des libraires indépendants. La reconnaissance par les acheteurs du travail accompli par Guillaume Dumora et Aurélie Garreau, son associée, et leur petite équipe de quatre libraires, l’est aussi par la profession. Le fondateur siège, chaque année, au comité de sélection du FIDB d’Angoulême avec sa caquette de connaisseur de la BD alternative, un peu en marge des cases.

Progressivement, pour répondre aux attentes des habitants d’un quartier qui se « boboïse » - la « clientèle à poussette », selon son expression, attirée notamment par les livres pour enfants -, la boutique a rééquilibré son stock et mieux valorisé son offre d’ouvrages jeunesse, de littérature et en sciences humaines. Sur les rayonnages bien garnis, les visiteurs remarquent une prédominance d’essais politiques et sociologiques traitant des questions aussi diverses que le mouvement « Black Lives Matter », l’écologie sociale ou la question du genre et le féminisme. Mais ils ne trouvent pas, au « Monte-en-l’air », d’ouvrages de développement personnel, de guides de voyages ou la collection la Pléiade.

À contre-courant des tendances « mainstream », cette librairie atypique, prend aussi le contre-pied des habitudes de fonctionnement du marché du Livre. Ici, les bouquins ne valsent pas, ils ont même tendance à s’incruster. Au « Monte-en-l’air », les ouvrages attendent leurs lecteurs. Ce parti pris est une entorse assumée aux recommandations des marketeurs et commerciaux de l’édition qui invitent à une forte rotation des ouvrages dans les boutiques.

Un acte politique

« En ouvrant cette librairie, je ne m’imaginais pas en épicier plan-plan à placer, sur les rayonnages, des ouvrages à la mode qui se vendent à coups sûrs, de maisons d’édition à grand tirage ! » Revendiquant ses « prises de risque », le fondateur - sosie vocal de l’acteur François Cluzet - assume, de fait, ouvertement de faire des choix rigoureux, parfois intraitables, pour la sélection de ses références. Un tri dans l’offre éditoriale fondé sur des critères esthétiques, éthiques et politiques reflétant, en cela, un net engagement de gauche. « Nos clients savent pourquoi ils viennent ici ! Je crois finalement qu’on se choisit mutuellement, lecteur et libraire… ». Et Guillaume Dumora d’ajouter, un brin provoc et souriant à peine, « et puis, c’est ma librairie, je vends ce que je veux ! ». Ce qu’il veut ou, plutôt, ce en quoi il croit, défendant l’idée que « l’acte de vente et d’achat d’un livre dans une librairie indépendante est un acte politique » aux conséquences économiques décisives « pour l’économie du Livre et tout spécialement pour les petits éditeurs que nous mettons en valeur ».

Sûr de son flair et des attentes de sa clientèle, le gérant se plait à jouer au chercheur de trésors littéraires, capitalisant sur la revente à terme d’éditions, devenues rares, avec un bénéfice partagé entre vendeur et acheteur. Mais le libraire prépare aussi l’avenir en soutenant le lancement de fanzines auto-édités par de jeunes graphistes. « Nous les soutenons pour maintenir la création…, défend-il. Mais, attention, nous profitons aussi de cette créativité pour démontrer le dynamisme de notre librairie. ». Peu à peu, le « Monte-en-l’air » est devenu une librairie de quartier. À preuve, les chiffres de vente des trois derniers mois, depuis la fin du confinement : « ils témoignent d’une augmentation moyenne mensuelle de 88% du chiffre d’affaires ! Et ce ne sont pas les clients étrangers cette année qui en sont la raison… » De quoi envisager l’avenir plus sereinement et de continuer à d’étoffer l’offre. Sa réussite, bien engagée, le patron du Monte-en-l’air ne l’a décidément pas volée…

Pour en savoir plus :

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Publié le 02/09/2020

« L'apprenti apporte un regard neuf et innovant à l'entreprise »

Rencontre avec Alexandre Gomez Pardo, étudiant en design interactif aux Gobelins, une école de la CCI Paris-Île de France, et apprenti à CCI France.

Mots-clés :

Quel est votre parcours ?

Après un Bac S, j'ai suivi une année de mise à niveau en arts appliqués (anciennement MANAA), puis un BTS en design graphique numérique à l'École Estienne. À l'issue du BTS, j'ai intégré Les Gobelins, pour un Bachelor en design interactif en alternance à CCI France. Le design interactif correspond au design graphique rapporté au numérique : applications, sites web, réalité virtuelle et augmentée… En septembre 2020, je vais poursuivre mes études en Master Design et management de l'innovation interactive, toujours en alternance aux Gobelins et dans la même entreprise.

Alexandre Gomez Pardo

En quoi consiste votre apprentissage au sein de CCI France ?

Je travaille au sein de la direction de la communication, sur la partie graphique de CCI France pour les supports numériques. Je travaille en lien avec mon maître d’apprentissage qui est graphiste, web designer et développeur. Il s'agit d'appliquer la charte graphique à la création de nouvelles interfaces, de gérer le site web (mises à jour, repenser des modules), de créer des templates pour les réseaux sociaux… Je réalise aussi des vidéos en motion design, c'est-à-dire en utilisant les techniques de l'animation. Il y a une dimension de travail en réseau avec les autres CCI : partage de contenus, relai de campagnes…

Qu'est-ce qui vous plaît dans l'apprentissage ?

Cela me permet de mettre un pied dans le monde professionnel, c'est une bonne transition entre les études et la vie active. On est encore encadré mais ça permet d'acquérir de l'expérience professionnelle, ce qui est de plus en plus demandé par les recruteurs.

Quelles sont les difficultés que vous pouvez rencontrer dans votre parcours en apprentissage ?

Entre la formation et l'entreprise, j'ai un rythme très soutenu. Nous avons des projets longs qui impliquent qu'on ne prend pas beaucoup de pause. Il faut parfois se remettre au travail en rentrant du bureau le soir. Mais en arts appliqués, la charge de travail est une chose à laquelle nous sommes assez habitués.


« On est encore encadré mais ça permet d'acquérir de l'expérience professionnelle, ce qui est de plus en plus demandé par les recruteurs. »

Votre formation vous permet-elle de vous adapter facilement en entreprise ?

À l'école j'ai appris toutes les bases du design graphique. J'ai vraiment acquis une colonne vertébrale de connaissances avec du temps pour apprendre, explorer des techniques. Mais il y a des différences entre ce que l'on apprend à l'école et la réalité, notamment en termes d'approche. À l'école, les sujets laissent une grande liberté créative. Il n'y a pas les contraintes concrètes que l'on rencontre en entreprise (budget, temps, contraintes utilisateurs). Il y a peu d'enjeux derrière nos projets car il n'y a pas d'utilisateurs. En entreprise, nous sommes ancrés dans la réalité : il y a une charte graphique, un temps défini, un budget à respecter etc.


« Il faut s'intégrer dans l'équipe et, en même temps, apprendre à travailler en autonomie. Je bénéficie aussi de l'expérience des autres collègues. »

Avez-vous l'impression d'apprendre des choses en entreprise ?

Oui, j'ai le sentiment que l'expérience en entreprise complète bien ma formation. Même si je suis dans un domaine où on l'attend de nous de connaître pas mal de choses, l'entreprise me permet d'approfondir des sujets que je n'aborderais pas forcément autrement, par exemple le développement poussé de cartes interactives. Ensuite, il y a un comportement, des attitudes à adopter en entreprise : il faut connaître sa place et savoir répondre aux demandes. Il faut s'intégrer dans l'équipe et, en même temps, apprendre à travailler en autonomie. Je bénéficie aussi de l'expérience des autres collègues.

Comment travaillez-vous avec votre maître d'apprentissage ?

Il me suit et est très ouvert aux questions. Avec lui, il n'y a pas de question bête. Il m'explique tout très bien et n'hésite pas à enrichir mes connaissances en me suggérant des références qui pourraient être utiles par la suite.

Selon vous, qu'est-ce qu'un apprenti peut apporter à l'entreprise ?

L'alternant est un salarié qui vient en appui des équipes. Il peut prendre en charge certaines tâches afin de libérer du temps aux autres. Il apporte aussi un nouveau regard, parfois naïf mais aussi neuf et innovant. Grâce à l'école, à nos intervenants, nous nous créons un réseau que nous pouvons mobiliser en entreprise quand cela est nécessaire.

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Publié le 29/04/2020

Librairies indépendantes : baisser le rideau mais pas les bras

Pour faire face à la pandémie de Covid-19 et à la concurrence des géants de la distribution de livres, le réseau des « Libraires en Seine » a un atout en poche : un kiosque numérique et des liseuses pour lire les ouvrages. Patrice Vannier, gérant de la librairie Les Beaux Titres  et membre de l'association, présente l'offre de ces libraires indépendants en temps de crise.

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Patrice Vannier, gérant de la librairie  Les Beaux Titres , aurait préféré faire l’actualité dans un autre contexte. Mais la pandémie de coronavirus a donné un coup de projecteur sur une initiative tout à fait appropriée du réseau « Libraires en Seine » qui réunit 14 boutiques installées dans les Hauts-de-Seine,  Paris et les Yvelines, dont celle de Patrice Vannier située à Levallois-Perret (1). Il s’agit d’un kiosque numérique, ouvert en 2015, permettant, depuis le site de l'association ou celui de chacun des librairies adhérentes, de télécharger des livres en ligne et de pouvoir ainsi continuer de lire en toute sécurité, pendant le confinement et la fermeture des librairies. Car, comme tous les commerces considérés comme « n’étant pas de première nécessité », la librairie de Patrice Vannier est fermée pour cause de crise sanitaire. S’il a mis en place la livraison à domicile des ouvrages commandés en ligne (réservée aux Levalloisiens), il offre surtout, comme tous les libraires du réseau, la possibilité, pour tous, de profiter des livres numériques et des conseils de lecture laissés sur le site par les professionnels. Un peu comme si le lecteur pouvait continuer à circuler comme avant dans les rayons de cette boutique virtuelle.

Patrice Vannier

Une nouvelle vitrine, un nouvel espace de vente

Pour cela, ces libraires indépendants sont allés jusqu’à concurrencer les géants de la vente en ligne comme Amazon ou la Fnac sur leur terrain en développant leur propre liseuse. Et contrairement à celles de ces grandes places de marché, leur liseuse n’est pas techniquement « verrouillée ». Elle est compatible avec tous les sites de vente en ligne. Les lecteurs restent donc libres d’acheter leurs livres où ils veulent, en conscience…

Tout comme le livre de poche n’a pas tué le livre grand format, le livre numérique ne tuera pas le livre papier. Ce crédo, Patrice Vannier le partage avec ses confrères. Il ne fait aucun doute : il faut jouer sur la complémentarité des différents supports. « Le numérique ne doit pas être négligé si l’on veut suivre les attentes de la clientèle et développer son activité. » Une certitude qu’il a mise en pratique très tôt. Dès l’ouverture de sa librairie en 2008, il a décidé de créer le site internet de sa boutique, considéré, non seulement, comme une vitrine supplémentaire mais comme un nouvel espace de vente. Il y vend du livre papier en commande et du livre numérique. « Il faut être présent sur ce marché du numérique même s’il ne représente qu’une partie encore très marginale de notre chiffre d’affaires.» Avec une stratégie qui peut se résumer ainsi : la complémentarité entre les formats en temps normal et la subsidiarité dans les circonstances exceptionnelles. L’actualité, qui a frappé de plein fouet et secoue encore l’activité de son commerce de centre-ville, lui a donné raison. « Nous avons connu les manifestations des gilets jaunes, la contestation contre la réforme des retraites et maintenant ce virus qui nous vampirise, tout cela favorise les achats sur internet. » Son commerce a d’ailleurs enregistré une hausse sensible des ventes en ligne depuis le début du confinement.

Leur vendeur préféré

Mais une librairie indépendante, même en réseau, peut-elle lutter contre les géants de la distribution qui captent massivement les achats en ligne grâce à leur puissance de communication ? « En temps normal », les indépendants arrivent à cohabiter avec ces grandes enseignes, protégés par la loi Lang qui garantit un prix unique du livre. Mais pendant cette pandémie de Covid-19, les « petits libraires de quartier » souffrent fortement de l’arrêt des ventes en magasin. Selon les chiffres fournis par l'institut GfK, les libraires ont accusé, au mois de mars 2020, une baisse de 52 % de baisse de leur chiffre d’affaires. Alors que, pendant le même temps, les ventes en ligne se sont multipliées.

Les libraires essaient, tant bien que mal, de tenir le coup en attendant avec impatience la réouverture de leur commerce et le retour de leurs clients en toute sécurité. Des clients qui retrouveront, à coup sûr, le chemin de leur boutique de quartier quand la crise sanitaire sera passée, pressés de renouer ce lien avec leur libraire et ses bons conseils de lecture. Le gérant des Beaux Titres  se rassure : « tout le monde n’est pas adepte d’Amazon qui, de toute façon, ne pourra jamais fournir les conseils que l’on donne ». Et le libraire de confier : « vous savez, parmi les sept libraires qui travaillent à temps plein ici, nos fidèles acheteurs ont souvent leur vendeur préféré avec lesquels ils partagent les mêmes goûts et des envies de découverte... Certains s’arrangent, même, pour passer à la boutique les jours où ils sont sûrs de trouver leur conseil favori ! » Une relation qui dépasse l’aspect purement commercial, comme le raconte Patrice Vannier. « La littérature ouvre pas mal de portes… y compris celle du bistrot d’à-côté où nous allions, de temps à autre, avec des clients pour continuer la conversation autour d’un café. » Pour les « beaux-titres » il est urgent de retrouver ces petits « paradis perdus »…

Entreprises, pour toute question :   entreprises-coronavirus@ccifrance.fr

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Publié le 24/06/2020

Storybulle : Comic trip

À le voir, on le croirait presque sorti d'une BD, plongé dans le monde du 9ème art depuis toujours. Et pourtant, l'entrée de François Carole dans le secteur s'est faite sur le tard. Il a ouvert en février 2015 sa librairie « Storybulle », spécialisée dans la bande dessinée à Montreuil (93), après 25 années passées dans la publicité en tant que graphiste…Et une longue réflexion de deux ans et demi.

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« Honnêtement, je n'avais pas au départ un projet de librairie ! », confie François Carole. Ce qu'il avait en tête, c'était de s'établir comme commerçant pour « être chaque jour en contact avec des clients, ce que je n'avais pas dans mon métier ». C'est son libraire de quartier, dans le 17ème arrondissement de Paris, où il avait l'habitude d'acheter ses BD favorites, qui lui a mis la puce à l'oreille… avant de lui mettre le pied à l'étrier. « Il m'a expliqué le métier, le fonctionnement du secteur de l'édition et, très concrètement, m'a aidé à monter mon projet en me prenant pendant trois mois en stage ». L'aspirant libraire est ensuite parti en formation à l'Institut national de formation des libraires (INFL), situé à Montreuil. Cette formation de 15 jours dédiée aux personnes en reconversion professionnelle a pour objectif de les aider à « créer ou reprendre une librairie » en leur permettant de maîtriser les trois dimensions clés du métier : l'assortiment de l'espace de vente, la relation avec la clientèle et la gestion de l'entreprise.

François Carole

Bien s'entourer

Le choix de se spécialiser dans la vente de BD et d'ouvrir en 2015 Storybulle apparaissait, pour lui, comme une évidence. La bande dessinée, c'est d'abord sa passion ! « Une librairie spécialisée c'est, aussi et surtout, beaucoup plus simple à gérer qu'une boutique généraliste qui mobilise un nombre plus important de catégories d'ouvrages, de références et d'intervenants dans le monde de l'édition », explique François Carole. « Et puis, se souvient-il, ce qui a été déterminant dans mon choix, c'était de pouvoir rejoindre le réseau Canal BD qui réunit et soutient les libraires spécialisés dans la bande dessinée ».

L'autre facteur décisif dans la conduite de son entreprise a été de savoir s'entourer de collaborateurs compétents. « Au-delà de leur connaissance du métier, les deux vendeurs avec lesquels je travaille ont, surtout, des goûts en matière de BD bien différents des miens. » S'il affirme, pour sa part, n'avoir pas d'univers favori en particulier, il affiche cependant un goût prononcé pour le genre du polar. Il plébiscite notamment « Nada, la belle adaptation du roman de Jean-Patrick Manchette par Max Cabannes, reconstituant très bien cette France des années 70 ». Il a aussi un petit faible pour les récits intimistes ou retraçant une histoire personnelle, comme le très fameux ouvrage de Riad Sattouf, l'Arabe du futur.

Ni le stock, ni les conseils

Cette complémentarité entre les vendeurs, qu'il qualifie d' « essentielle », leur permet de mieux gérer la richesse de la production éditoriale. Car si la librairie est, à ses yeux, « un commerce comme un autre », c'est aussi une entreprise qui nécessite une gestion des stocks assez précise et particulière puisqu'il est possible de renvoyer aux éditeurs les ouvrages non vendus (le droit de retour).

« Tiens, j'y repense, il y a aussi cette BD que j'ai adorée… » Et François Carole de présenter Malaterre, l'histoire tout à fait singulière d'un père qui embarque ses deux ados pour l'Afrique équatoriale, sur les traces chaotiques d'un passé familial avec lequel il entend renouer. Un ouvrage inspiré de l'histoire personnelle de l'auteur, Pierre-Henry Gomont, qui s'est rendu dans la librairie montreuilloise pour une séance de dédicaces. Ces rendez-vous, que propose assez régulièrement Storybulle (une à deux fois par mois), sont aussi l'occasion pour l'équipe de mieux connaître sa clientèle. « C'est, bien sûr, la partie la plus intéressante de notre métier ; on essaie de guider au mieux nos clients qui, dans la moitié des cas, achètent des BD pour les offrir », confie le gérant. Et pour ce faire, le libraire dispose de deux atouts : un suivi actualisé de la production éditoriale et un stock de 9500 références. Des arguments de poids pour faire face aux mastodontes de la vente de bouquins comme la Fnac ou Amazon. « Ils n'ont ni le stock, ni les conseils », résume, impavide, le libraire indépendant, conscient d'être protégé par la loi Lang qui fixe un prix unique du livre en France.

François Carole peut avoir le sourire. Sa librairie était l'un des tout premiers commerces installés dans cette rue piétonne d'un centre-ville redynamisé. La clientèle de voisinage est maintenant au rendez-vous. « Même si l'on ne s'enrichit pas en tenant une librairie, on profite de son indépendance et de ne pas avoir de patron… »

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Publié le 01/09/2020

Tensions en méditerranée orientale

Les réseaux des CCI grec et français appellent l'UE à une réponse commune ferme dans l'intérêt de l'économie européenne.

L'Union européenne doit démontrer avec force sa solidarité envers ses États membres à tous les niveaux sans exception : en matière politique, économique et sociale.

À cet égard, il est essentiel de faire preuve d'une solidarité européenne sans faille avec la Grèce dans le cadre des tensions actuelles dans la région de Méditerranée Orientale qui menacent sa stabilité économique et sociale.

Au-delà, les réseaux des CCI grecques et français alertent sur les dommages que de telles tensions peuvent causer sur l’économie de l'ensemble de l'Union, au moment précis où l'économie mondiale souffre des effets de la pandémie de coronavirus.

Les problèmes qui prévalent dans cette région doivent être abordés par l'Union européenne sans délai, et ce dans le cadre des règles du droit international. L'UE ne doit pas manquer d'utiliser tous les moyens et outils économiques à sa disposition. L’entraide face à l’adversité doit être construite comme une garantie pour le développement économique des Etats membres de l’UE. 

Pierre GOGUET
Président de CCI France

Constantinos MICHALOS
President de l‘Union des Chambres de Commerce de Grèce

Contact presse

CCI France

Françoise Fraysse
+33 (0)6 79 94 59 90
f.fraysse@ccifrance.fr

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Publié le 01/09/2020

Manufacture Vuillemin : l'art horloger franc-comtois

Tout près de Besançon, la Manufacture Vuillemin perpétue les savoir-faire de l'industrie horlogère française et franc-comtoise. Grâce à ses horloges mécaniques, qui associent technique et design, la petite entreprise séduit aussi bien la clientèle locale qu'internationale.

Quel autre territoire que le berceau de l’horlogerie française pouvait bien accueillir la dernière manufacture horlogère française ? C’est à proximité de Besançon qu’est implantée la Manufacture Vuillemin, seule entreprise du territoire à maîtriser toutes les étapes qui composent la création d’une horloge. L’entreprise, créée en 1969 sous le nom de SERAAM, a été rachetée par Philippe Vuillemin en 2010, alors que l’activité était menacée. « Anciennement grossiste dans l’horlogerie, j’étais un client de SERAAM, raconte Philippe Vuillemin. Lorsque j’ai appris que l’entreprise fermait, j’ai décidé de la reprendre pour faire perdurer les savoir-faire. »

Dans ses ateliers, l'entreprise conçoit des horloges mécaniques contemporaines, dans le respect de l'art horloger traditionnel franc-comtois, en partant du laiton, de l'inox et de l'acier. Elle fabrique la quasi-totalité des composants nécessaires aux mécanismes, mettant en œuvre différentes techniques comme le taillage, la presse ou encore le pliage.

Philippe Vuillemin

Conjuguer innovation technologique et design

À la tête de la petite entreprise de quatre personnes, Philippe Vuillemin met un point d’honneur à innover, en développant de nouveaux procédés mécaniques, tout en apportant une touche de modernité et de design. Grâce à ses finitions haut de gamme, comme le plaqué or et le palladium, des cadrans en verre ou encore de la peinture thermolaquée, la manufacture pénètre progressivement le marché de la décoration et adhère aux Ateliers Art de France. « Chaque année, nous créons un modèle d’horloge avec une avancée technologique et un autre purement esthétique pour la décoration intérieure »,précise Laurence Prudhon Delagrange, chargée de communication et de gestion à la manufacture. L’entreprise a ainsi l’occasion de travailler avec des artistes et des architectes pour développer des modèles d’horloges mécaniques sur-mesure. « Nous avons, par exemple, réalisé une horloge tout en bronze, d’environ 70kg et de deux mètres de hauteur, l’Oscilla, en collaboration avec le sculpteur Paul Gonez, détaille Laurence Prudhon Delagrange. Le mélange des contraintes techniques et artistiques est une source d’inspiration »

Circuits courts et clients internationaux

Ce développement de l’axe décoration, entamé depuis quelques années, se fait avec un impératif : le respect des circuits courts. « Cela nous tient vraiment à cœur, confirme le chef d’entreprise. Il y a une seule pièce que nous n’avons pas dans le département car il n’y a pas de fournisseur. Pour tout le reste, nous nous approvisionnons auprès de sous-traitants qui sont situés à quelques kilomètres maximum de notre usine. De cette façon, nous pouvons les rencontrer régulièrement et nous entretenons un vrai partenariat. »

Grâce à sa maîtrise technique et sa capacité à renouveler ses produits, l’entreprise a deux catégories de clients : ceux qui achètent des produits finis, localement ou via des distributeurs (horlogers-bijoutiers, magasins de décoration…), et ceux qui ont besoin de réparations. « Nous avons acquis une belle réputation auprès de la clientèle locale à laquelle nous tenons, explique Laurence Prudhon Delagrange. Nous organisons d’ailleurs régulièrement des visites d’usine pour partager nos savoir-faire. »

L’entreprise, labellisée Entreprise du Patrimoine Vivant depuis 2012, s’est également bâtie une renommée à l’internationale. « Nous vendons beaucoup en Asie par exemple, détaille la responsable communication. Il y a une certaine fierté à proposer des produits “Made in France” car ils sont très bien perçus à l’étranger. » Face à ce succès, la Manufacture Vuillemin tient à conserver sa taille humaine et ses valeurs tout en ayant un modèle économique dynamique. Son prochain défi ? Transmettre ses savoir-faire pour les faire perdurer, encore très longtemps.

La filière de l'horlogerie française

78 entreprises

2 898 emplois directs

4e secteur

4 Rang mondial des pays exportateurs de montres, composants et de bracelets de montres

Source : www.francehorlogerie.com

Pour en savoir plus :

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Publié le 19/05/2020

Pascale Besch : « Enbasdemarue a permis d'assurer une continuité d'activité pendant la crise sanitaire »

Lancée en avril 2018 par la CCI Nord-Isère pour faciliter la transformation digitale des commerçants du territoire et répondre aux nouveaux besoins des consommateurs, la place de marché « Enbasdemarue » leur a fourni une solution appréciée pendant la crise sanitaire. Un virage vers un commerce réinventé ? Pascale Besch, Directeur général adjoint de la CCI Nord-Isère, témoigne.

Quels ont été l'usage et l'utilité de la plate-forme « Enbasdemarue » pendant la crise sanitaire ?

Très concrètement, pendant le confinement, la plus grande part de nos commerces était dans l’obligation de fermer leur boutique. Grâce à notre plate-forme de vente en ligne dédiée aux commerçants, ils ont pu continuer à travailler. Les ventes ont ainsi pu se poursuivre en toute sécurité grâce au paiement en ligne, à la livraison à domicile organisée avec La Poste et au click and collect. Pour rassurer tous les utilisateurs de la plate-forme, tant les adhérents que les consommateurs, nous avons réalisé des fiches garantissant le respect des normes sanitaires pour la livraison des articles commandés en ligne. Notre plate-forme a d’ailleurs été répertoriée sur le site du ministère de l’Économie et des Finances au titre des solutions utilisables pour maintenir une activité commerçante pendant la crise sanitaire. Nos commerces ont ainsi gardé le lien avec leurs clients qui n’ont pas eu à prendre d’autres habitudes…

Pascale Besch, Directeur général adjoint de la CCI Nord-Isère

Au-delà de notre cœur de cible, nous avons ouvert notre plate-forme à d’autres acteurs qui souffraient également des conséquences de la crise, et ce gratuitement, pendant toute la durée du confinement. Ça été le cas, notamment, des jardineries et des producteurs de fruits et légumes qui étaient privés de leurs lieux de vente habituels que sont les marchés. Cela a permis à ces entreprises de pouvoir continuer de proposer leurs produits à une clientèle de proximité.


400% de visites en plus sur le site
en un mois et demi 


Avez-vous enregistré un regain d'intérêt pour votre plate-forme, pendant la crise ?

En trois semaines, 20 adhérents supplémentaires nous ont rejoint, suivis par une vingtaine de nouvelles entreprises en cours d’inscription actuellement. Et, entre la mi-mars et la fin avril, nous avons enregistré 400% de visites en plus sur le site qui a vu sa fréquentation passer de 600 à 2500 visiteurs par semaine. Au-delà des chiffres, ce qui est à noter c’est le comportement de ce que j’appellerai les consommacteurs qui ont voulu, via notre plate-forme, manifester leur soutien aux producteurs et aux commerçants du territoire et faire des achats responsables. Ça a été particulièrement vrai pour le commerce alimentaire pour lequel les clients ont clairement privilégié les produits locaux, les circuits courts. En achetant des bons d’achat sur le site utilisables lors de la réouverture des commerces, les clients ont aussi témoigné de leur solidarité avec les commerçants.

La crise sanitaire a-t-elle un effet de révélateur du potentiel de la plate-forme, tant pour les commerçants adhérents que pour les clients potentiels ?

Notre place de marché a permis d’assurer une continuité d’activité pendant la crise sanitaire. Mais au-delà des différentes crises que nous avons vécues récemment et de celle qui nous touche actuellement, nous assistons à une prise de conscience : le e-commerce va devenir un canal de vente incontournable. La facilité d’intégrer et d’utiliser notre e-boutique et ses services associés, le click and collect et sa version drive ainsi que la livraison à domicile, démontre que le e-commerce n’est pas insurmontable. Il est même devenu inévitable. Les commerçants du secteur alimentaire se sont aussi rendu compte qu’ils étaient en capacité de proposer à leurs clients des modes de livraison beaucoup plus rapides, plus souples et avec des créneaux plus larges, allant parfois de 7h à 20h, que ceux de la grande distribution.

De ce fait, le métier du commerçant est-il en train d'évoluer ?

Les commerçants qui pouvaient craindre la fuite de leur clientèle l’ont découvert fidèle. Mais à condition de s’adapter en permanence aux changements de l’environnement et aux évolutions des usages des consommateurs. Leurs clients sont prêts à consommer local, mais ils veulent pouvoir passer commande à n’importe quel moment de la journée et pouvoir récupérer leurs colis rapidement, chez le commerçant, s’ils peuvent se déplacer ou sont disponibles, ou bien chez eux. Outre cette réactivité, c’est aussi la diversité de l’offre qui est recherchée par la clientèle tant en termes de qualité et de prix que de modes de réception des produits.

Les contraintes liées au règles sanitaires encouragent-elles, selon vous, le recours aux plates-formes de vente en ligne pendant la reprise d'activité ?

Les commerçants doivent, de fait, respecter et faire respecter par leurs clients les consignes pour circuler dans leur(s) magasin(s), choisir les produits et les payer. La vente en ligne offre aux consommateurs plus de souplesse et une sécurité recherchée pour effectuer leurs achats. Cela va, en quelque sorte, contribuer à mieux réguler les flux de consommateurs.


Une appli « Enbasdemarue » à l’étude


Quels enseignements avez-vous tirés de cette période actuelle pour le développement de votre place de marché ?

Pendant le confinement, nous avons ouvert la plate-forme aux producteurs, aux restaurateurs et à des enseignes locales comme les jardineries. Nous entendons les inciter à rester durablement sur notre market place maintenant que l’activité traditionnelle reprend. Nous allons d’ailleurs poursuivre notre action à destination des restaurateurs qui ne peuvent toujours pas rouvrir en organisant des drives pour leur permettre de garder une activité. Dédiée aux commerçants, artisans locaux et prestataires de services, la plate-forme BtoC pourrait aussi faciliter des partenariats BtoB entre professionnels aux activités complémentaires. Nous étudions des sollicitations en ce sens.

À l’occasion de cette période de crise, nous avons aussi constaté que les coopérations entre nos adhérents ont été plus nombreuses. Ils ont ainsi pu échanger leurs bonnes pratiques pour organiser plus efficacement la livraison chez leurs clients. Nous entendons encourager ces synergies entre adhérents via notre communauté Facebook. Les producteurs de l’agroalimentaire qui n’ont pas de lieux de vente pérennes pourraient, par exemple, travailler durablement avec les commerces alimentaires des centres-villes.

D'autres projets à l'étude ?

Grâce à la dynamique actuelle, nous espérons pouvoir étendre notre solution de vente en ligne au niveau régional. Au titre des projets de développement de notre outil, nous envisageons de créer l’application mobile « Enbasdemarue » pour offrir plus de facilité d’usage aux utilisateurs. Et pour améliorer la livraison des colis, nous réfléchissons à la mise en place d’un système qui associe collectivement tous les membres qui, pour l’heure, doivent s’organiser eux-mêmes. De nouveaux services pour mettre en pratique le slogan de notre démarche : j’achète en local, j’achète digital.

Les chiffres clés

  • 200 communes couvertes (villes et zones rurales) du Nord département de l'Isère

  • 120 adhérents actifs sur un cœur de cible de 600 commerçants (avec un taux de départ de la plate-forme inférieur à 10% : des commerces en difficulté ou, à l'inverse, accaparés par l'expansion de leur activité)

  • 8 000 références en ligne : des produits (alimentaires et non alimentaires) représentant 80% de nos références et de services BtoC (20%)


Audience de la plateforme

  • 600 visiteurs par semaine

  • 25 000 pages vues par mois (140 000 pages/semaine depuis le début de la crise du Covid-19)

  • Durée de consultation des pages : près de 5 minutes par visiteur.

« Enbasdemarue » s’inscrit dans la feuille de route sur le numérique de la CCI Nord-Isère comprenant des parcours de sensibilisation au numérique via des ateliers et des webinaires, des accompagnements de projet en individuel et en collectif (via notamment le programme régional Atouts Numériques) et des actions de formation pour le développement des compétences et l’appropriation du digital par les commerçants. Enbasdemarue est aussi une solution de la plate-forme CCI store

Entreprises, pour toute question :   entreprises-coronavirus@ccifrance.fr